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Des tons du mandarin aux tonalités interculturelles : expérience d’un Virtual Exchange

Des tons du mandarin aux tonalités interculturelles : expérience d’un Virtual Exchange

Une pédagogie pensée par l’humain, pour l’humain.

Enseigner le chinois à l’Université de Genève à des étudiant-es en relations internationales est une aventure passionnante. Leur objectif est clair : beaucoup envisagent un séjour académique en Chine ou dans le monde sinophone. Leur motivation pour la langue et la culture est forte, palpable. Pourtant, le défi est de taille : avec seulement 4 heures de cours par semaine sur une année, et des groupes d’une vingtaine d’étudiant·e·s, le temps consacré à la pratique orale et à l’interaction authentique est forcément limité. Comment trouver une solution à ce défi ?

La réponse est venue d’une méthode pédagogique intitulée Virtual Exchange (VE), ou télécollaboration, qui désigne des dispositifs d’apprentissage en ligne intégrés aux enseignements universitaires, qui mettent en relation des étudiant-es de différents pays ou contextes culturels autour de projets collaboratifs conçus de manière structurée. Encadrés par des enseignant-es, ces échanges – synchrones ou asynchrones – reposent sur une conception pédagogique fine, avec des objectifs d’apprentissage clairement définis (O’Dowd & Dooly, 2020).

J’avais déjà pratiqué cette méthode avec des étudiant-es de l’unité d’études chinoises (Wang-Szilas, Berger & Zhang, 2013, voir également le blog précédent ), mais jamais avec des étudiant-es venant d’autres disciplines. Était-ce transposable ? Une autre question persistait aussi : comment l’intégrer dans un emploi du temps déjà dense et un programme à respecter ?

Ce billet propose un retour d’expérience sur la mise en place d’un Virtual Exchange mené avec des universités partenaires en Chine. Il vise à montrer comment ce dispositif peut enrichir l’apprentissage linguistique et interculturel, tout en s’inscrivant de manière réaliste et structurée dans un cursus universitaire existant.

Design du projet

Qui participe ? Pour combien de temps ?

J’ai choisi de lancer le projet de façon pragmatique, en l’intégrant dans mon syllabus, avec des étudiant-es venant de deux universités en Chine. Il s’agit de deux séances d’échange virtuel (90 minutes par séance) pour 60 étudiant-es, selon les disponibilités des enseignant-es et des étudiant-es dans mes réseaux :

  • 20 étudiant-es suisses venant de la filière relations internationales (mes étudiant-es)
  • 20 étudiant-es chinois-es venant de l’enseignement du chinois langue étrangère pour le VE1
  • 20 étudiant-es chinois-es venant de la filière anglais langue et culture seconde, pour le VE2

Le calendrier était serré mais réaliste : les deux séances ont été organisées au milieu du semestre d’automne, les 3 et 4 décembre. Deux semaines avant, nous avons consacré du temps pendant les cours à la préparation technique et relationnelle : installation et test de WeChat, mise en relation des binômes, et une mini-rencontre préliminaire pour briser la glace.

Comment organiser ?

Après avoir obtenu la confirmation de deux collègues en Chine sur leur participation et les tâches à effectuer, nous avons fixé l’organisation suivante :

  • Demander aux étudiant-es d’installer WeChat (une application chinoise de messagerie et d’appels audio ou vidéo, similaire à WhatsApp) sur PC ou smartphone comme outil d’échange
  • 5 groupes ont été créés : 3 groupes pour chaque université et 1 groupe pour VE1 et 1 groupe pour VE2 pour faciliter la communication avant, pendant et après chaque séance d’échange
  • Dans les groupes, deux documents sont partagés : 1) Un document Excel qui indique la constitution de binômes; 2) Une fiche de travail : les fiches de travail pour VE 1 et VE 2 sont diffusées dans les groupes dédiés pour guider l’échange et les travaux à rendre
  • Moodle est utilisé pour mes étudiant-es (UNIGE) pour déposer les travaux

Les binômes ont été formés par les enseignant-es selon des critères simples : équilibrer les niveaux linguistiques et, dans la mesure du possible, favoriser des profils ou intérêts complémentaires identifiés lors des premiers échanges.

Anticiper les obstacles

Toute expérience de Virtual Exchange comporte son lot de défis techniques et logistiques. Le décalage horaire entre Genève et la Chine (7 heures en hiver, par exemple 10h-12h pour Genève et 17h-19h pour la Chine) a nécessité une planification rigoureuse des créneaux d’échange. Sur le plan technologique, la plupart des étudiant·e·s ont installé WeChat sans difficulté, bien qu’une étudiante ait rencontré des problèmes techniques résolus avec l’aide de ses pairs.

La dimension éthique mérite également d’être abordée : le choix de WeChat, application chinoise, soulève des questions de confidentialité des données. Cependant, les alternatives occidentales (Zoom, Teams, WhatsApp) ne fonctionnent pas de manière fiable en Chine en raison des restrictions d’accès. Cette contrainte technique nous a imposé ce choix, que nous avons expliqué aux étudiant·e·s en toute transparence.

Deux activités, deux objectifs : langue et culture

L’échange a été construit autour de deux partenariats distincts avec des universités chinoises, chaque activité visant un objectif précis.

Activité 1 : Se présenter – un pont linguistique et pédagogique

  • Partenaire : L’Université du Zhejiang (ZJU).
  • Participant-es : Mes 20 étudiant-es de Genève (niveau débutant/post-débutant) et 20 futur-es enseignant-es de chinois langue étrangère de ZJU.
  • Tâche : En binôme, les étudiant·e·s de ZJU accompagnaient les étudiant·e·s de l’UNIGE dans la préparation de leur présentation personnelle, à partir des consignes fournies dans le fiche de travail. Ils/elles les aident notamment à travailler la prononciation, les tons et la structure, tout en réfléchissant à leur propre démarche pédagogique.
  • Langues de travail : Principalement en chinois, l’anglais pouvant être utilisé de manière ponctuelle pour clarifier certains points si nécessaire.
  • Objectifs : Pour mes étudiant‑es, il s’agissait d’une motivation concrète pour travailler l’oral avec précision, face à un public authentique. Pour leurs partenaires, c’était une occasion de réfléchir aux défis de l’apprentissage du chinois et aux méthodes de tutorat en ligne et de rétroaction.
  • Travaux à rendre : Les étudiant·e·s de l’UNIGE déposent l’enregistrement audio de leur présentation en chinois sur Moodle. Les étudiant·e·s de ZJU remettent une rétroaction écrite, accompagnée d’une courte réflexion pédagogique sur leur expérience de tutorat.

Activité 2 : La vie étudiante – un miroir interculturel

  • Partenaire : L’Université de Hubei (HUBU).
  • Participant-es : Les mêmes étudiant-es de l’UNIGE et 20 étudiant-es en anglais (spécialité communication interculturelle) de HUBU.
  • Tâche : En binôme, les étudiant·e·s échangaient via WeChat sur leur vie étudiante quotidienne (logement, cours, loisirs, défis, relation professeur–étudiant, etc.), en s’appuyant sur les consignes figurant dans la fiche de travail. Ils/elles co-créent ensuite un court rapport comparatif.
  • Langues de travail : principalement en anglais comme lingua franca ; le chinois ou d’autres langues pouvaient intervenir ponctuellement selon les besoins de l’échange.
  • Objectifs : L’activité vise à développer les compétences d’interaction et de médiation interculturelles (CECR) à travers des échanges entre pairs, favorisant pour les étudiant·e·s de l’UNIGE une compréhension située de la Chine contemporaine, et pour les étudiant·e·s de HUBU une réflexion critique sur les représentations de l’Europe.
  • Travaux à rendre : Chaque binôme devait remettre un court rapport commun de 200 à 300 mots, présentant leur échange et leur analyse comparative.

Retours des étudiant-es : « Très enrichissant et valorisant »

Trois entretiens ont été organisés avec certaines étudiant-es d’UNIGE (en classe), de ZJU et de HUBU (via WeChat). Les retours des étudiant-es ont été unanimes. L’adjectif « enrichissant » est revenu comme un leitmotiv. Ils/elles ont particulièrement apprécié :

  • Des objectifs très pertinents : savoir « se présenter » s’inscrit parfaitement dans les objectifs linguistiques pour le niveau  A1.
  • La qualité et l’authenticité des interactions : recevoir des commentaires directs et détaillés d’un-e « expert-e » (le partenaire de ZJU) a été extrêmement valorisant et perçu comme plus efficace qu’une correction purement académique.
  • La prise de conscience linguistique : l’exercice les a forcés à une réflexion métalinguistique approfondie sur les tons, la phonétique et l’ordre des mots, bien au-delà de ce qu’un exercice classique permet.
  • La richesse des échanges culturels : découvrir la vie universitaire dans les deux pays, les habitudes alimentaires, les méthodes de révision, la relation professeur-étudiant a apporté des surprises et a donné une épaisseur humaine à leur apprentissage. La comparaison a fait naître à la fois des différences marquées et des similitudes inattendues.
  • Un bénéfice formatif pour les futur·e·s enseignant·e·s de chinois (ZJU) : l’échange a constitué un véritable pont entre la théorie et la pratique pédagogique. En accompagnant à distance des apprenant·e·s débutant·e·s, ils/elles ont mis en pratique un enseignement centré sur l’oral et la prononciation, et pris conscience de l’importance de la répétition, du soutien socio-émotionnel et de consignes claires, adaptées au niveau réel des apprenant·e·s — autant d’éléments clés pour leur future pratique enseignante.

Regard d'enseignante : défis et perspectives

Du point de vue pédagogique, cette expérience a été une source de réflexion intense :

Conception des tâches

La clé réside dans des instructions claires, équitables et à bénéfice mutuel pour les deux groupes. La tâche doit avoir un sens dans chaque curriculum.

Évaluation adaptée à chaque contexte

L’évaluation a été pensée différemment selon les universités et les objectifs pédagogiques de chacune. À l’UNIGE, les étudiant-es devaient rendre deux travaux : l’enregistrement audio de présentation et un mini-rapport sur l’échange culturel. À ZJU, les futur-es enseignant-es ont produit une réflexion pédagogique sur leur expérience de tutorat. À HUBU, les étudiant-es ont également remis un mini-rapport comparatif sur la vie étudiante. Cette différenciation a permis à chaque groupe de tirer le maximum de bénéfices pédagogiques de l’expérience, tout en respectant les exigences de ses cursus respectifs.

Charge de travail enseignante

La mise en place d’un tel projet demande un investissement initial significatif, mais gerable pour un-e enseignant-e expérimenté-e. J’ai consacré environ une dizaine d’heures à la conception des tâches et des fiches de travail, et à la coordination et au suivi des échanges. Il est crucial d’anticiper cette charge de travail, notamment pour la communication avec les collègues partenaires et la gestion des groupes WeChat. En contrepartie, cette formule m’a permis d’alléger le programme d’examens oraux traditionnels, l’enregistrement audio servant de pratique orale évaluée.

Logistique et collaboration

Le choix des outils (simple, accessible, asynchrones pour contourner le décalage horaire), le timing précis et l’alignement des calendriers académiques sont des défis cruciaux. Une communication fluide avec les collègues partenaires est essentielle. Trouver des partenaires partageant la même vision pédagogique est fondamental. Cette expérience pourrait ouvrir la voie à des prolongations passionnantes pour de futurs projets.

Le Virtual Exchange : une pratique en plein essor

Sur le plan historique, le Virtual Exchange trouve son origine dans l’apprentissage en tandem des langues, qui a évolué vers l’eTandem, puis vers la télécollaboration (O’Dowd, 2009 ; 2021). Initialement développé dans le domaine de l’enseignement des langues et des cultures, il est aujourd’hui utilisé dans de nombreux champs disciplinaires, comme les sciences sociales, la formation des enseignant-es ou la communication inter-culturelle (Dooly & Vinagre, 2022) . Le VE favorise le travail collaboratif, la réflexion critique et l’ouverture à des perspectives culturelles multiples.

Le domaine du VE connaît un développement significatif, notamment depuis la pandémie qui a généralisé l’usage des outils numériques. Il ne s’agit plus d’une niche, mais d’une composante reconnue de l’internationalisation des programmes d’études. Le VE est souvent présenté comme un complément à la mobilité physique, comme c’est notamment le cas dans le cadre du programme Erasmus+ Virtual Exchange, et non comme un substitut (Helm, Guth & Shuminov, 2020). Il permet ainsi d’internationaliser de manière plus inclusive les formations universitaires en offrant des expériences internationales à des étudiant-es qui ne peuvent pas nécessairement partir à l’étranger.

Les pistes de développement sont nombreuses : intégration plus systématique dans les programmes de cours ou de formation continue, reconnaissance institutionnelle du travail des enseignant-es porteurs/euses de projets et développement d’outils d’évaluation adaptés, mesurant à la fois les compétences linguistiques, interculturelles et collaboratives (O’Dowd & Dooly, 2020) .

Cette première incursion dans le cadre du Virtual Exchange avec des étudiant-es en relations internationales a insufflé une dose d’authenticité et d’ouverture à ma classe, et a rappelé à mes étudiant-es que chaque mot de chinois appris est un pont potentiel vers une rencontre humaine. Le défi logistique est réel, mais les bénéfices en matière de motivation, de profondeur des apprentissages et d’ouverture interculturelle le justifient amplement.

Cette expérience m’encourage à explorer la question suivante : et si le Virtual Exchange devenait la norme plutôt que l’exception dans l’enseignement des langues ? Au-delà de l’apprentissage linguistique, c’est une invitation à repenser notre manière d’enseigner dans un monde interconnecté, où chaque étudiant-e peut devenir, dès la salle de classe, un-e citoyen-ne du monde.

Références :

  • Dooly, M., & Vinagre, M. (2022). Research into practice: Virtual exchange in language teaching and learning. Language Teaching, 55(3), 392-406.
  • Guo, Z., & Xu, X. (2023). Understanding intercultural virtual exchange through a translanguaging lens in Chinese as a foreign language. Journal of China Computer-Assisted Language Learning, 3(1), 132-167.
  • Helm, F., Guth, S., & Shuminov, E. (2020). Erasmus+ virtual exchange. Journal of the European Higher Education Area, 37(1), 91-109.
  • Lewis, T., & Qian, K. (2021). Designing and supporting virtual exchange: The case of Chinese–English e-tandem. Modern Languages Open, 1.
  • O’Dowd, R. (2021). Virtual exchange: Moving forward into the next decade. Computer Assisted Language Learning, 34(3), 209-224.
  • O’Dowd, R. (Ed.). (2009). Online Intercultural Exchange—An Introduction for Foreign Language Teachers (Vol. 63, No. 1, pp. 81-84). Oxford University Press.
  • O’Dowd, R., & Dooly, M. (2020). Intercultural communicative competence development through telecollaboration and virtual exchange. In The Routledge handbook of language and intercultural communication (pp. 361-375). Routledge.
  • O’Dowd, R., & O’Rourke, B. (2019). New developments in virtual exchange for foreign language education. Language Learning & Technology, 23(3), 1–7.
  • Wang-Szilas, J., Berger, C., & Zhang, F. (2013). eTandem language learning integrated in the curriculum: Reflection from students’ perspectives. European Journal of Open, Distance and E-Learning.
  • Wu, S. (2023). Unpacking themes of integrating telecollaboration in language teacher education: A systematic review of 36 studies from 2009 to 2019. Computer Assisted Language Learning, 36(7), 1265-1287.


La Conception Universelle de l’Apprentissage (CUA)

Billet rédigé par la Dre Jue Wang Szilas, Centre pour la formation continue et à distance, et Claire Dupont, Pôle techno-pédagogique de la Faculté de médecine, UNIGE

Ces dernières années, la Conception Universelle de l’Apprentissage (CUA) – Universal Design for Learning (UDL) en anglais – s’est imposée comme un cadre de référence majeur pour repenser les pratiques pédagogiques. Initialement développée pour favoriser l’inclusion des personnes apprenantes ayant des besoins spécifiques, la CUA s’adresse aujourd’hui à tous les contextes d’enseignement, en plaçant la variabilité des apprenantes et apprenants au cœur de la conception des parcours.

Ce cadre a été formalisé par le CAST (Center for Applied Special Technology), un organisme de recherche américain pionnier dans le développement de pratiques éducatives inclusives. Dans sa version 3.0 en 2024, le CAST met en avant l’objectif clé : favoriser l’agentivité des personnes apprenantes, c’est-à-dire leur capacité à prendre le contrôle de leur propre apprentissage, de manière réfléchie, stratégique, authentique et orientée vers l’action.

Rendre l’enseignement accessible et motivant pour tout le monde

Les 20 et 21 février 2025, l’association MoodleMoot francophone a organisé un mini-événement à l’Université d’Avignon. Au cœur de ces deux journées : La CUA.

Fidèle à sa mission de rassembler la communauté des Moodleurs et Moodleuses, l’association a proposé un programme riche en pratiques pédagogiques innovantes autour de la plateforme Moodle. Cet événement a ainsi offert une belle opportunité de faire le point sur la CUA, son sens, ses principes fondamentaux, et ses applications concrètes dans des environnements numériques comme Moodle.

Qu’est-ce que la CUA ?

La Conception Universelle de l’Apprentissage est une approche pédagogique inclusive qui anticipe, dès la phase de conception, la diversité des besoins des personnes apprenantes. Elle vise à construire un environnement d’apprentissage accessible, motivant et adapté à chacun et chacune.

💡 À retenir : Contrairement à une idée reçue, la CUA ne s’adresse pas uniquement aux étudiantes et étudiants ayant des besoins spécifiques ou des troubles du neurodéveloppement (TND). Elle bénéficie à toute personne qui étudie, en proposant un cadre souple, engageant et personnalisable.

La CUA repose sur trois grands principes complémentaires :

1. Diversifier les moyens de représentation

Le premier principe consiste à varier les formes de présentation de l’information. Texte, vidéos, schémas, podcasts, infographies… chaque support permet aux personnes de mieux comprendre, selon son profil cognitif, sensoriel ou ses préférences personnelles.

🎓 Exemple :

Lors du Mini MoodleMoot, plusieurs initiatives ont mis en lumière l’importance de proposer des formats variés pour faciliter la compréhension.

Gilles Bonavitacola et Juan Pablo Parra (Université de Lyon) ont présenté un projet de vidéos pédagogiques inclusives, dont l’objectif est de réduire la charge cognitive et améliorer la mémorisation en appliquant quatre bonnes pratiques :

  • présenter uniquement l’essentiel,
  • structurer l’information et guider la lecture,
  • fixer les images clés,
  • limiter à deux informations simultanées.

À l’Université de Caen, Audrey Trehet a mené un travail de modernisation de ressources pédagogiques qui illustre une alternative efficace à la transformation numérique classique. Son approche, qu’on pourrait qualifier de « revitalisante », vise à rendre les contenus plus actuels, accessibles et engageants, tout en limitant la charge de travail. Concrètement, elle a converti des documents Word en livres interactifs avec H5P, transformé des tableaux en HTML accessible, ajusté les couleurs pour respecter la charte graphique institutionnelle, réécrit des schémas complexes sous forme de vidéos narratives, et intégré des éléments sonores interactifs via H5P Active Présentation.
L’adoption de bonnes pratiques simples mais ciblées permet ainsi de redonner vie à des cours existants, tout en renforçant leur inclusivité.

2. Multiplier les moyens d’action et d’expression

Une fois les contenus accessibles, encore faut-il permettre aux étudiantes et étudiants de s’exprimer selon leurs points forts. Ce deuxième principe encourage l’utilisation de modalités variées pour démontrer ses compétences : vidéos, projets collaboratifs, portfolios numériques, forums, productions orales ou écrites, etc.

🎓 Exemple :

Le projet Atypie-Friendly, programme national en France, combine des interfaces personnalisables (Scenari) et des vidéos adaptables (Polymny), afin de proposer des parcours individualisés et conformes au Référentiel Général d’Amélioration de l’accessibilité (RGAA). Il s’adresse en priorité aux personnes ayant des troubles du neurodéveloppement (TND), qui représentent près de 30 % de la population estudiantine en situation de handicap. Grâce à la chaîne documentaire Scenari Opale, les contenus pédagogiques sont adaptables (fil d’Ariane, titres structurés, chapitrage visuel…), permettant de réduire la charge cognitive tout en simplifiant le travail des équipes enseignantes.

Le projet « Signes et vous », porté par Karine Detranchant et Nora Van Reeth (Université Claude Bernard Lyon 1), propose une formation hybride en langue des signes, intégrée aux unités d’enseignement transversales. Face à une forte augmentation du nombre d’inscriptions, l’équipe a mis en place un parcours flexible sur Moodle : cours en tuiles, livre Moodle téléchargeable, alternatives accessibles aux activités interactives (versions Word, H5P Dialog Cards, Genial.ly), et outils innovants comme les Sketchnotes 3D. Des studios d’enregistrement sont également mis à disposition pour accompagner les élèves dans la production vidéo de leur test final, contribuant ainsi à l’inclusion numérique.

Ces deux projets démontrent comment la diversité des moyens d’expression permet de mieux répondre à la variété des profils et de favoriser une expérience d’apprentissage équitable et personnalisée.

3. Renforcer l’engagement

Le troisième pilier de la CUA vise à susciter et maintenir la motivation. Cela passe par des tâches contextualisées, des activités interactives et un suivi personnalisé, favorisant l’autonomie et l’implication des étudiantes et étudiants.

🎓 Exemple :

Le projet Castin, présenté par Olivier Castin (HELB, Bruxelles), illustre parfaitement ce principe. Conçu selon une approche de Learning Experience Design, ce dispositif hybride (en partie à distance et en partie en présentiel) repose sur une organisation différenciée des tâches selon les profils des personnes étudiantes. Moodle y joue un rôle central : un tableau de bord interactif et une barre de progression permettent aux personnes de visualiser leur avancement, d’ajuster leur rythme, de limiter les distractions et de rester engagées tout au long du parcours.

En intégrant des outils comme Genial.ly et H5P, le dispositif propose des activités dynamiques et adaptées aux objectifs personnels. Cette approche individualisée renforce non seulement l’autonomie chez les individus, mais aussi leur motivation à progresser, dans un cadre clair et stimulant.

📌 En résumé,  les 3 leviers de la CUA dans Moodle : 

  • diversifier les représentations : textes, vidéos, schémas, podcasts, etc.
  • multiplier les modes d’expression : quiz, projets multimédias, discussions en ligne, etc.
  • soutenir l’engagement : activités collaboratives, outils interactifs, suivi personnalisé.

Et après ?

Cet article introduit les fondements de la Conception Universelle de l’Apprentissage (CUA) et ses trois principes clés, à travers des exemples concrets présentés lors du Mini MoodleMoot francophone de février 2025.

Une deuxième publication prévue à l’automne 2025 viendra approfondir cette thématique en mettant l’accent sur les recommandations suisses en matière de pédagogie inclusive et les perspectives d’intégration de la CUA dans l’enseignement supérieur.

Dans le prolongement de cette réflexion, nous proposerons également un atelier à destination de la communauté enseignante de l’UNIGE souhaitant s’initier à la CUA et découvrir comment en appliquer les principes de manière concrète dans leurs pratiques pédagogiques.

👉 Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez consulter :
– les enregistrements vidéo et présentations liées à la CUA lors du Mini MoodleMoot,
– ainsi qu’une liste de pratiques pédagogiques inclusives à explorer et à adapter à vos contextes.



Scénariser, structurer et valoriser les ressources numériques  

Jade Wang Szilas, Patrizia Birchler Emery, Raphaël Zaffran, Bademba Bah, Centre pour la formation continue et à distance (CFCD) UNIGE, Pôle programmes, pédagogie & partenariats

L’Université de Genève accorde aujourd’hui une importance particulière au développement des compétences de ses collaborateurs/trices. Ainsi, depuis 2016, le Centre pour la formation continue et à distance de l’Université de Genève (CFCD) propose des ateliers à la communauté formation continue (FC UNIGE), composée des équipes enseignantes et gestionnaires des programmes. Les ateliers sont donnés en présence, à distance ou en format hybride et sont filmés depuis 2020. Ils sont conçus selon un programme annuel couvrant les différents aspects  liés à la création, à la refonte et à la gestion des cours de formation continue : par exemple, scénarisation pédagogique, outils e-Learning, outils pour l’administration, communication avec les réseaux sociaux. Des ressources sont proposées en complément des séances (enregistrement et présentations powerpoint des ateliers, forum de discussion, références pour lectures complémentaires) et sont déposées dans un espace Moodle dédié pour chaque cycle annuel.

L’accumulation des ressources et leur sous-utilisation a mené à une réflexion sur leur devenir et à nous poser plusieurs questions :

  • Faut-il les garder, si oui, que peut-on garder ?
  • Comment les rendre plus visibles ?
  • Comment les utiliser de manière efficace ?

Le projet conçu et réalisé pour répondre à ces questions est présenté ici en quelques paragraphes à titre de retour d’expérience, car la possibilité de réitérer le processus le rend applicable à plus grande échelle et dans d’autres domaines.

Contexte

Contexte

Conçu comme une formation continue, le cycle annuel d’ateliers du CFCD se construit autour d’une quinzaine de séances, regroupées en quatre pôles thématiques (Programmes, pédagogie & partenariats, qualité, communication, ainsi qu’administration, finance et ressources humaines). Chaque atelier est construit en veillant à favoriser le transfert de nouvelles informations, connaissances ou compétences dans la pratique quotidienne.
Après des années d’accumulation d’expériences et de ressources, notamment pendant la période Covid, s’est imposée la nécessité de centraliser et scénariser ces ressources pour en rendre l’accès plus aisé aux collaborateurs/trices de la FC UNIGE, d’où l’idée de refondre l’espace Moodle pour les ateliers CFCD, avec pour objectifs de

  • centraliser toutes les ressources (les enregistrements, les supports de présentation, la documentation complémentaire, etc.) dans un même espace;
  • structurer les ressources en les intégrant dans des scénarios d’apprentissage;
  • fournir les informations sur les ateliers en cours tout au long de l’année;
  • sensibiliser la communauté FC UNIGE aux bonnes pratiques de mise en œuvre de formations sur Moodle;
  • proposer des parcours d’apprentissage en auto-formation basés sur les ressources.

Ce projet est au cœur d’une des missions du CFCD, à savoir renforcer les compétences de gestion de programmes de la communauté FC UNIGE. Ainsi, en plus des ateliers synchrones (en présentiel, à distance ou en co-modal), les collaborateurs/trices peuvent dorénavant par exemple s’auto-former à des compétences de base sur Moodle et profiter du nouvel espace de cours Moodle-atelier. Celui-ci est conçu comme un parcours pédagogique leur permettant non seulement de retrouver les ressources-clés liées aux ateliers, mais aussi de se former et de se tester, tout en s’inspirant des bonnes pratiques mises en place dans le cadre d’autres programmes. L’espace Moodle-ateliers vise également à proposer un exemple de bonne pratique de cours en ligne.

L’espace Moodle-ateliers CFCD 

L’espace Moodle-ateliers CFCD

L’espace Moodle pour les ateliers du CFCD est ouvert et accessible à toute la communauté FC UNIGE. Cet espace comprend trois composantes principales :

Les ressources créées au cours des six dernières années ont été regroupées selon les quatre grands axes qui sous-tendent l’élaboration, puis la gestion d’un programme : création, promotion, administration et évaluation. A noter que toutes les ressources depuis 2016 n’ont pas été retenues. En effet certaines étant devenues obsolètes, un tri et une curation des contenus en continu sont nécessaires, afin de permettre à la fois de garantir l’actualité des parcours de formations proposés à partir des ressources et le désencombrement des serveurs.

En cliquant sur l’un de ces quatre axes, on aboutit à une page listant les ressources par thématiques générales (sous-catégories) :

Dans les sous-catégories se trouvent les ressources des ateliers pertinents à la thématique et les quiz qui les accompagnent :

Développements prévus 

Développements prévus
La restructuration des ressources d’ateliers des six dernières années et la mise à disposition d’un espace de cours les présentant de manière cohérente et d’utilisation facile a représenté un travail certes important, mais qui ne constitue que la première étape de notre projet de renforcement des compétences des collaborateurs/trices de la FC UNIGE.

En effet, l’espace Moodle ateliers fera l’objet de développements, par exemple:

  • ajout de nouvelles ressources (ateliers en cours),
  • mise à jour des ressources proposées dans les domaines où il y a des évolutions (inscription en ligne, par exemple),
  • abandon des ressources qui ne sont plus pertinentes,
  • perfectionnement des parcours de formation en insérant des évaluations formatives sous forme de quiz, pour permettre un auto-apprentissage efficace.

Nos réflexions porteront aussi sur les possibilités de valoriser l’apprentissage en continu des collaborateurs/trices: comment évaluer et attester les compétences acquises ?

Structurer les ressources pour les mettre en valeur 

Structurer les ressources pour les mettre en valeur  
A travers la mise en œuvre de ce projet et la possibilité de réitérer le processus dans d’autres domaines, le CFCD entrevoit des applications à l’échelle de l’institution :

  • Comment éviter la duplication du travail au sein de l’Université et organiser efficacement les ressources créées par ses différents services ?
  • Comment rendre les contenus plus accessibles et visibles pour un public plus large ?
  • Comment renforcer la collaboration entre les différents services de l’université à travers des initiatives du même type ?

L’expérience du CFCD a montré qu’en sélectionnant des ressources déjà pertinentes et en les organisant, dans un but pédagogique, dans des parcours de formation personnalisés et auto-dirigés, on peut éviter de recréer sans cesse de nouvelles ressources. L’accent est mis ici sur la formation, c’est pourquoi nous avons utilisé Moodle pour ce projet, un LMS (Learning Management System) ou plateforme d’enseignement, où l’apprenant-e a une forte interaction avec le système. Les créateurs/trices de cours peuvent facilement suivre les progrès des apprenant-es et collecter des données pour l’analyse de l’apprentissage. Toutes les informations collectées, mesurées, évaluées et analysées sont finalement utilisées pour améliorer et optimiser le processus d’apprentissage en ligne. C’est ainsi que les objectifs de formation peuvent être atteints.

Alors, que peut-on faire pour aider à restructurer plus efficacement ces ressources et les rendre plus accessibles, plutôt que de multiplier les initiatives parfois coûteuses ? Il est important de considérer ici les deux fonctions de la mise en page des ressources pédagogiques : l’une esthétique, pour inciter à les consulter, et l’autre fonctionnelle, pour faciliter l’apprentissage. L’apport de connaissances doit être fourni de manière à ce que les apprenant-es puissent rapidement identifier la structure logique des informations fournies afin de les aider à apprendre à leur tour de manière ordonnée. Lors de la conception, nous avons donc tenu compte de plusieurs points essentiels, tels que:

  • la hiérarchisation des ressources,
  • la distinction entre les informations primaires et les informations supplémentaires,
  • la présentation et la mise en évidence de cette réorganisation par le biais de l’esthétique visuelle et une réflexion sur l’expérience utilisateur/trice.

Enfin,  l’apprentissage se fait grâce à des activités interactives ayant un but pédagogique. La sélection des ressources existantes a même inclus la collecte de Q&A destinées aux publics cibles dans différents lieux, la création de différentes activités basées sur ces questions en utilisant différents outils, des quiz pour renforcer l’acquisition des connaissances et un test final pour évaluer les résultats de la formation. 

Le projet présenté dans ce billet est basé sur des pratiques de formation des collaborateurs spécifiques au CFCD et sur les ressources produites lors des ateliers organisés à leur intention. Sa mise en œuvre a montré qu’en sélectionnant des ressources pertinentes et en les organisant dans un but pédagogique, on peut éviter de recréer sans cesse de nouvelles ressources. Ce processus peut être réitéré dans d’autres domaines et à différentes échelles. Il ouvre ainsi une fenêtre de réflexion sur ce qui pourrait réalisé au niveau de services plus importants de l’UNIGE et même au niveau de l’ensemble de l’institution pour éviter la duplication de création de ressources, rendre les contenus créés plus visibles et accessibles à un public plus large, ainsi que renforcer la collaboration entre les différents services de l’UNIGE.



Une approche à trois niveaux pour soutenir la transformation numérique de la formation continue

Ce billet est proposé par la Dr. Patrizia Birchler Emery et la Dr. Jue Wang Szilas du CFCD.

La transformation numérique des programmes de formation continue à l’Université de Genève date de bien avant la pandémie de COVID et de son effet de catalyseur sur l’enseignement à distance. En effet, le public s’intéressant aux programmes de formation continue est composé avant tout de professionnel-les actifs, pour qui une plus grande flexibilité et autonomie dans le parcours d’apprentissage constitue une véritable plus-value, permettant d’éviter la multiplicité des déplacements, ainsi que les frais et le temps perdu qui en découlent.  

C’est pour cette raison que dès 2015, le Centre pour la formation continue et à distance (CFCD) a introduit une véritable dynamique de transformation numérique, pour les nouveaux programmes surtout, mais aussi pour ceux existant déjà, car une telle transformation donne aussi la possibilité de repenser un programme et de mettre en place une conception efficace de l’apprentissage.  

Dès 2018, l’annonce de la fermeture de la plateforme Chamilo, qui avait précédé l’adoption de Moodle par l’institution, a précipité les choses. Il nous a semblé que ce passage d’une plateforme d’enseignement à une autre pouvait offrir aux programmes concernés une opportunité pour réfléchir au scénario pédagogique d’un cours ou d’un programme, pour structurer ou restructurer le contenu du cours de manière plus pédagogique.  

C’est pourquoi le pôle Programme, Pédagogie et Partenariats du CFCD a développé en 2018-2019 une stratégie pour faciliter le passage de Chamilo à Moodle et la numérisation des programmes en général. Environ 200 programmes de formation ont ainsi été transférés sur Moodle.  



Dynamiser un cours de langue hybride avec des activités interactives par H5P et Learningapps

Ce billet est co-proposé par Jue Wang Szilas du CFCD et Roberto Paternostro de la Maison des langues

La Maison des Langues de l’Université de Genève a conçu un dispositif hybride d’enseignement-apprentissage appelé « FLE (Français Langue Etrangère) Pré Mobilité », destiné à préparer les étudiant-es d’échange ayant un niveau de français débutant et élémentaire à s’intégrer à l’environnement linguistique et socio-culturel genevois et suisse romand avant leur arrivée à l’Université de Genève. Ce projet a obtenu le soutien de la Commission informatique de l’Université de Genève (COINF) pour l’année 2019.

Ce dispositif hybride permet aux étudiant-es d’acquérir rapidement les bases du français et d’entrer en contact avec le milieu socio-culturel et universitaire genevois et suisse romand avant même d’arriver sur place.

Il comporte deux parties, qui articulent distanciel (asynchrone et synchrone) et présentiel. La première partie se déroule à distance, grâce à une plateforme interactive où les étudiant-es travaillent en autonomie. De plus, ils/elles sont accompagné-es par un-e enseignant-e en visioconférence une à deux fois par semaine. La deuxième partie du cours se déroule sur place, à l’Université de Genève. Par le travail en présentiel, les étudiant-es consolident ce qu’ils/elles ont appris à distance et sont ainsi prêt-es pour leur immersion à l’Université de Genève.

Le cours en ligne s’organise autour de 10 situations relatives à la vie quotidienne et académique (par exemple, la présentation, l’orientation en ville, les achats, le logement, les démarches administratives, les sorties, etc.). Chaque situation comporte des vidéos et des activités interactives, des exercices, des documents explicatifs, qui permettent aux étudiant-es de travailler la compréhension orale et écrite, la grammaire, le vocabulaire ainsi que la prononciation. Lors des visioconférences avec l’enseignant-e et les autres participant-es, ils/elles pratiquent l’expression orale.

Dans ce billet, nous montrons quelques exemples de ces activités interactives qui proposent un apprentissage ludique et motivant, construites grâce à l’outil H5P et à l’application Learningapps.