• Intelligence Artificielle Générative à l'UNIGE
    Guide d'utilisation de l'intelligence artificielle générative à l'Université de Genève
  • Makeiteasy
    Une plateforme pour tester et améliorer vos compétences numériques à votre rythme
  • Ciel cherche: rédacteurs/trices

NotebookLM: un outil pour l’enseignement et l’apprentissage

L’explosion actuelle de l’IA générative bouleverse le paysage académique. De nombreux outils permettent désormais de nous assister dans nos tâches administratives, organisationnelles, ou encore pédagogiques. Parmi eux, NotebookLM se distingue comme un outil à fort potentiel pour les activités d’enseignement et d’apprentissage.

Principes

Basé sur le concept de source-grounding, NotebookLM génère des réponses uniquement à partir des documents que vous lui fournissez dans votre « carnet de notes ». Ces documents peuvent être de différents formats : PDF, Word, Powerpoint, Google Docs, pages web ou encore vidéos mp3 ou YouTube. Ils sont ensuite indexés et traités selon la technique du RAG (Retrieval-Augmented Generation), ce qui permet de réduire significativement les hallucinations. À noter qu’il est recommandé d’importer les images via Google Docs afin de garantir une meilleure interprétation des graphiques.

Fonctionnalités

Vous pouvez ensuite interagir avec vos contenus générés, soit via des prompts basiques, soit en ayant recours au meta-prompting en vous appuyant sur d’autres IA génératives comme ChatGPT ou Claude pour affiner vos requêtes. Chaque réponse contient des références numérotées vers les documents sources, ce qui vous permet de vérifier facilement les informations.
Une grande originalité de NotebookLM repose sur la richesse de ses fonctionnalités, à savoir la génération de résumés sous divers formats (textuels, audio ou vidéo) et différents supports comme un rapport, une infographie ou un tableau de données. Certaines fonctionnalités peuvent également accompagner l’apprentissage comme la création de cartes conceptuelles, de fiches d’apprentissage ou encore de quiz.

Usages académiques

Dans un cadre académique, NotebookLM peut notamment être utilisé pour …:

  • aider à la réalisation d’un état de l’art sur un domaine spécifique
  • générer des quiz à partir de supports de cours (présentations, articles, notes, etc.)
  • reformuler des concepts complexes issus d’articles scientifiques afin d’en faciliter la compréhension
  • synthétiser plusieurs articles ou chapitres pour préparer une séance de cours

Pour chacun de ces usages, votre rôle d’expert reste essentiel: il vous revient d’affiner les consignes (prompts), ainsi que de vérifier et valider les réponses produites.

Vigilance

Enfin, bien que Google indique que les données importées dans NotebookLM (documents sources, prompts) ne sont pas utilisées pour entraîner ses modèles d’IA, l’usage d’un tel outil requiert une vigilance particulière quant aux contenus fournis. Les données sensibles, personnelles ou protégées par le droit d’auteur doivent être exclues. Par ailleurs, il est essentiel d’adopter une posture critique vis-à-vis des résultats générés afin d’en assurer la qualité et la fiabilité.


L’IA générative fait évoluer le référentiel de compétences numériques UNIGE

Dans le cadre du projet Digital Skill de SwissUniversities, un référentiel de compétences numériques de l’Université de Genève a été publié en mai 2022. Cet outil a été opérationnalisé dans la plateforme Make It Easy, qui permet aux membres de la communauté académique d’auto-évaluer leurs compétences afin obtenir un profil numérique ciblé, ainsi que des propositions de formations permettant de combler les éventuelles lacunes.

En novembre 2025, une version actualisée de ce référentiel de compétences a vu le jour. Elle intègre désormais des compétences liées à l’utilisation et l’appropriation critique des outils d’Intelligence Artificielle Générative (IAGen).

Pour élaborer cette nouvelle version, le groupe de travail a mis en place une méthodologie rigoureuse comprenant un état des lieux des référentiels IAGen existants, la conception d’une version intégrée, ainsi que plusieurs cycles d’évaluation par des experts en IA, en informatique et en pédagogie.

Cette démarche a permis d’identifier un ensemble de compétences IAGen réparties entre compétences transversales et applications concrètes dans les quatre domaines de base du référentiel UNIGE : traitement de l’information, création de contenu numérique, communication et collaboration, et gestion des données.

Le questionnaire d’auto‑positionnement de la plateforme Make It Easy est actuellement en cours d’adaptation afin que des questions spécifiques mesurant les compétences en lien avec les outils d’IAGen soient systématiquement intégrées. Les formations proposées par l’institution en lien avec les IAGen seront également incluses dans le catalogue de la plateforme, permettant aux membres de la communauté académique de s’auto‑évaluer et de se former, en fonction de leurs besoins, à l’usage et à l’appropriation critique de ces outils.

Révision de la structure du référentiel de compétences numériques

Le référentiel de compétence numérique UNIGE est organisé autour de quatre domaines de compétences distincts, ainsi que des compétences qui leur sont transversales. Les domaines de compétences évaluent la capacité des membres de la communauté universitaire à agir dans un environnement de travail ou d’enseignement numérique selon quatre types d’activités caractéristiques du contexte académique : Traitement de l’information et des médias ; Création de contenu ; Communication et collaboration ; Gestion des données.

TRAITEMENT DE L’INFORMATION ET DES MEDIAS – 1

En complément, le référentiel intègre les compétences transversales suivantes :

  • Compétences en lien avec l’IAGen, qui sont également intégrées dans les quatre domaines de compétences caractéristiques des activités académiques. Ce volet du référentiel a été intégré lors de cette mise à jour pour prendre en compte les compétences mobilisées en lien avec les outils d’IAGen.
  • Compétences propres à la pensée computationnelle, à savoir la capacité à exploiter des méthodes et outils numériques dans leur ensemble pour formuler des problèmes et développer des solutions.

Le Référentiel UNIGE est encore complété par une série de compétences relatives à la sécurité et l’identité numérique, mobilisées indépendamment du domaine d’activité.

Compétences transversales liées à l’IAGen

Les compétences transversales en lien avec l’IAGen identifiées dans le cadre de ce travail d’intégration sont les suivantes :

  • Je connais le fonctionnement de base des IAGen – ​Référence au Guide Pratique de l’UNIGE – Intélligence Artificielle Générative ​
  • Je sais formuler des prompts, de manière à : ​
      1. faire exécuter directement une tâche par l’outil d’IAGen​
      2. générer du code pour automatiser la réalisation d’une tâche par d’autres outils numériques​
      3. l’utiliser comme un assistant virtuel, avec des interactions dialogiques​
  • Je sais entraîner un outil d’IAGen afin de personnaliser son comportement (par ex. création d’agents autonomes)​
  • Je sais qu’il faut mettre en place des stratégies de vérification des résultats fournis par un outil d’IAGen​
  • Je suis sensible aux considérations éthiques, environnementales et au risque de dépendance associé à l’utilisation des IAGen​

Liens utiles :

 



L’IA générative, un levier pour transformer l’évaluation des apprentissages

L’arrivée fulgurante de l’IA générative (IAg) dans l’enseignement supérieur bouscule les repères traditionnels de l’évaluation. Rédiger un essai, résoudre un problème ou synthétiser un article : autant de tâches qu’un étudiant ou une étudiante peut désormais automatiser en quelques secondes. Faut-il y voir une menace ? Pas forcément. C’est de notre point de vue une invitation à repenser les pratiques pédagogiques et un levier pour transformer l’évaluation des apprentissages. L’un des enjeux centraux que pose l’émergence des IAg pour l’enseignement universitaire est de faire évoluer les pratiques pédagogiques tout en conservant ce qui en fait le cœur, à savoir la mise en valeur du raisonnement rigoureux, de l’analyse critique ainsi que la compréhension en profondeur des concepts.

L'évaluation authentique

Les chercheuses et chercheurs en pédagogie universitaire mettent en avant depuis plusieurs années la notion d’évaluation en situation authentique comme moyen privilégié pour construire des compétences critiques. Selon Prégent, Bernard et Kozanitis (2009), ce type d’évaluation place la personne étudiante dans une situation complexe, signifiante et proche de celles rencontrées dans la vie professionnelle ou sociale. L’enjeu n’est pas seulement de vérifier des connaissances, mais bien d’évaluer la capacité de la personne étudiante à mobiliser et articuler plusieurs compétences afin de réaliser une tâche réaliste, contextualisée et porteuse de sens.

Dans le contexte actuel marqué par l’essor des IAg, cette approche devient d’autant plus pertinente qu’elle permet de solliciter des compétences difficilement déléguables à une IA, notamment celles liées au raisonnement situé, au jugement professionnel ou à la communication orale. Elle favorise également l’engagement actif des étudiantes et étudiants, en les plaçant face à des défis concrets qui exigent une appropriation véritable des savoirs et une mise en pratique réfléchie.

Exemples UNIGE

Plusieurs formes d’évaluation authentique étaient déjà largement utilisées avant l’apparition des IAg. Parmi les exemples les plus courants, on peut mentionner la mise en scène d’une plaidoirie dans un procès fictif, la conception d’un business model présenté et défendu lors d’un pitch, ou encore la conduite d’enquêtes de terrain en sciences sociales. À l’UNIGE, nombre d’enseignantes et enseignants font preuve de beaucoup de créativité pour développer des évaluations authentiques, citons parmi beaucoup d’autres,

Nouveaux enjeux

Avec l’arrivée des IAg, au moins deux enjeux majeurs émergent et appellent une transformation assez profonde des pratiques pédagogiques. Pour accompagner cette évolution à l’UNIGE, le pôle SEA a publié dès l’apparition des IAg un guide pour l’enseignement. Ce dernier comprend une section spécifique sur l’évaluation des apprentissages. Trois axes y sont distingués :

  1. Une évaluation centrée sur les connaissances et les compétences, réalisée sans aucune assistance de l’IA ;
  2. Une évaluation exploitant les limites actuelles des IAg, en s’appuyant sur ce qu’elles ne maîtrisent pas encore (même si ces limites évoluent rapidement) ;
  3. Une évaluation intégrant pleinement l’IA, prenant les productions générées comme objets d’analyse ou de travail.

Dans le cadre du premier axe, les examens en e-assessment  permettent de neutraliser facilement le recours aux IAg. Toutefois les travaux écrits rédigés à la maison et en particulier les travaux de fin d’étude, restent largement exposés à un tel recours. Cette situation entraîne un rééquilibrage entre les modalités d’évaluation écrites et orales. Les épreuves orales, en particulier, sont appelées à occuper une place croissante dans la validation des mémoires, des projets ou des travaux écrits. Elles permettent en effet d’apprécier plus finement la compréhension, la capacité d’argumentation ainsi que l’authenticité des apprentissages. Cette évolution conduira vraisemblablement à concevoir de nouveaux dispositifs d’évaluation valorisant davantage les différentes formes d’oralité, à l’image des exemples évoqués précédemment.

Le troisième axe ouvre quant à lui de nouveaux chantiers en matière d’évaluation en intégrant l’IA de manière constructive et alignée avec les objectifs pédagogiques. Cette intégration est particulièrement pertinente dans des situations authentiques, proches des pratiques réelles des étudiants. L’enjeu pour le corps enseignant, avec le soutien des centres de soutien à l’enseignement, est de concevoir des activités où l’usage de l’IA générative devient un levier pour développer la pensée critique. Par exemple, les étudiants peuvent comparer plusieurs réponses produites par une IA, en identifier les limites ou les biais, puis proposer une version améliorée et argumentée. Ils peuvent également analyser la cohérence factuelle d’un texte généré, repérer d’éventuelles erreurs ou hallucinations, et discuter des conditions dans lesquelles les productions de l’IA demeurent pertinentes ou nécessitent un complément d’expertise humaine.

Check-list

Avec le développement d’activités pédagogiques intégrant l’IA, il devient essentiel de communiquer aux étudiantes et étudiants un cadre dont les objectifs sont bien explicités. Des initiatives intéressantes émergent pour outiller les enseignantes et enseignants afin de les aider à clarifier les attentes en fonction des tâches. Nous en citons ici deux, l’une provenant de l’UNIGE, la seconde de nos collègues d’Uni distance. La première téléchargeable sous forme de fichier Word sur la page des recommandations de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) donne une liste d’une vingtaine d’usages possibles de l’IA dans le cadre académique avec la possibilité d’indiquer ceux autorisés ou non dans tel ou tel enseignement. La deuxième version se présente sous forme d’un mur numérique très simple d’usage et exportable en PDF sur lequel l’enseignant peut déplacer les usages correspondant à son contexte d’enseignement vers un tableau à trois colonnes (autorisé, autorisé avec réserve et non autorisé) à communiquer à ses étudiantes et étudiants.

Texte rédigé avec l’aide de chatGPT

Références

Carbonnel, H. & Jullien, J.-M. (2025). Use of generative AI in learning and assessment. EDUDL+ at UniDistance Suisse
Tool zur Reflexion KI Verwendung (consulté le 12 mars 2026)

Carlei, Ch. & Colpaert, L. (2023). Plateforme d’innovation pédagogique. SEA : UNIGE.
https://www.unige.ch/innovations-pedagogiques/ (consulté le 12 mars 2026)

Groupe de travail IA (2025).Check list des usages des outils d’IA génératives dans le cadre d’un enseignement, FPSE : Université de Genève.
A télécharger sur https://www.unige.ch/fapse/faculte/utilisation-ia (consulté le 12 mars 2026)

Colpaert, L. & Haeberli, Ph. (2024) Guide IA et enseignement. SEA : UNIGE.
https://view.genially.com/642e8b666cba7a0011ef4154 (consulté le 12 mars 2026)

Prégent, R., Bernard, H., & Kozanitis, A. (2009). Chapitre 5 : Évaluer des compétences en situation authentique. In Enseigner à l’université dans une approche-programme (pp. 137–189). Montréal : Presses Internationales Polytechnique.



Podcast, Mediaserver – Une alliance qui va de soi

Imaginez-vous une scène. Vous êtes dans une pièce, plutôt exiguë et molletonnée. Un micro pend devant vous, capte chaque son, chaque inspiration et expiration. Devant vous, votre hôte, une personne affable, qui vous pose des questions et écoute vos réponses. Qu’est-ce que cette scène évoque pour vous ? Si vous avez pensé à un Podcast, bravo !

Cette brève introduction me permet de vous annoncer une nouvelle opportunité pour l’enseignement et la diffusion de vos contenus audio. Les podcasts arrivent sur Mediaserver !  

Le podcast, un outil pédagogique

Pour les lecteurs réguliers du blog, vous vous souvenez peut-être d’un article publié en mars 2023 sur le podcast comme outil pédagogique :
Le podcast, une petite révolution pour l’apprentissage autonome et l’enseignement expérientiel

Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, voici un bref résumé (cependant, n’hésitez pas à lire l’article original) :

Les podcasts sont des enregistrements audio diffusés numériquement, accessibles à un public large et varié. Ils couvrent une multitude de sujets et offrent une grande flexibilité d’écoute, idéale pour un apprentissage asynchrone. De plus en plus utilisés dans l’enseignement, ils permettent aux apprenants de consommer du contenu à leur rythme, où et quand ils le souhaitent.

L’Université de Genève propose déjà plusieurs podcasts institutionnels, comme LifeLongLearning@UNIGE (CFCD) ou Au Pied du Mur (BT).

Vous trouverez la liste complète ici : www.unige.ch/podcasts/actualite

Les podcasts sont en plein essor et continuent de gagner en popularité à travers le monde [Plus d’information sur les chiffres ici]. Souvent diffusés sur des plateformes bien connues (Spotify, Apple Podcasts, SoundCloud…), ils peuvent désormais être hébergés directement sur Mediaserver.

Alors, comment ça marche de mettre son podcast sur Mediaserver ?

  1. Choisissez un titre vendeur, accrocheur et ajoutez un podcast depuis votre tableau de bord sur Mediaserver.
  2. Soyez inspiré et ajoutez une description. 
  3. Définissez :
    • La langue du podcast
    • Une catégorie (ex. : Arts, Technologies, entrepreneuriat…)
    • Une image de couverture pour le podcast (ensuite, pour chaque épisode)
  4. Contrôlez l’accès : comme pour vos enregistrements, vous pouvez restreindre les accès selon les mêmes règles de permissions que vos collections.
    • Mettez votre Podcast disponible pour le monde entier ! [Permission = public]
    • Au bien, votre Podcast n’est que pour les étudiant-es [Permission = UNIGE]
    • Encore plus fin, pour vos étudiant-es uniquement [Permission = Groupe]
  5. Partagez facilement : récupérez le flux RSS pour intégrer votre podcast à votre site web ou le diffuser sur d’autres plateformes, telles que Spotify et Soundcloud. 

Pourquoi utiliser Mediaserver ?

  • Hébergement local et sécurisé, en accord avec les politiques de l’UNIGE
  • Liberté de diffusion : vous gardez le contrôle de votre contenu et de son accès
  • Une alternative GAFAM *clin d’œil*

Et vous ?

Est-ce que ces quelques lignes vous on convaincu d’essayer les Podcast et de les héberger chez nous ? Nous espérons que oui ! N’hésitez pas à tester cette nouvelle fonctionnalité. Cela va aussi permettre d’enrichir la bibliothèque audio de l’UNIGE, et de partagez vos savoirs avec la communauté universitaire.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ou à nous écrire elearning @unige.ch

Écriture du billet par Noémie Chappuis, relecture par l’IA Euria, relecture humaine par Patrizia Birchler Emery

 

 



Vers des LLM institutionnels ? Repenser l’intégration de l’IA à l’université

L’arrivée des grands modèles de langage (LLM) dans l’enseignement supérieur a d’abord pris la forme d’un choc : celui de l’irruption d’outils commerciaux facilement accessibles comme ChatGPT dans les pratiques étudiantes. Très rapidement, les universités ont été confrontées à une double tension : d’un côté, l’opportunité pédagogique, de l’autre, les enjeux d’intégrité académique, de protection des données et d’alignement curriculaire. Une question taraude les universités : faut-il interdire, tolérer, encadrer … ou intégrer ?

Alors que beaucoup d’établissements se contentent de publier des recommandations, certaines universités ont fait un choix stratégique : elles ont développé leur propre environnement institutionnel d’intelligence artificielle générative, s’appuyant sur des modèles de langage existants.

C’est le cas de l’Open University avec i-AIDA, et de l’Université d’ Amsterdam avec UvA AI Chat. Il ne s’agit pas pour ces institutions d’avoir entraîné leur propre modèle fondationnel, mais d’avoir conçu une couche applicative et pédagogique qui encapsule un LLM existant dans un cadre maîtrisé (données, accès, intégration aux cours, gouvernance).

Leur point commun ? Faire du LLM non pas un outil périphérique, mais une infrastructure pédagogique institutionnelle.

Reprendre la main : et si l’IA devenait un outil didactique comme les autres ?

Les modèles commerciaux sont puissants, mais posent plusieurs questions : où vont les données? Comment sont traités les prompts? Les réponses sont-elles alignées avec les contenus de cours? Comment garantir l’intégrité académique?

Dans les deux cas présentés ci-dessous, le développement interne répond à quatre objectifs communs : la souveraineté numérique, la protection des données, l’alignement pédagogique, l’accès équitable et gratuit. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’offrir un chatbot, mais de concevoir des dispositifs pédagogiques appuyés sur l’IA, tout en créant un environnement contrôlé et intégré à l’écosystème universitaire.

La maîtrise ne porte pas sur l’entraînement du modèle lui-même, mais sur son orchestration : intégration aux contenus de cours, contrôle des flux de données, paramétrage des usages pédagogiques et gouvernance institutionnelle. Cette distinction est essentielle. La souveraineté reste partielle — le modèle fondationnel demeure externe — mais la maîtrise porte sur l’organisation, l’accès, les données et l’usage pédagogique. Pour la plupart des universités, c’est un compromis réaliste entre autonomie totale (très coûteuse) et dépendance complète aux outils commerciaux.

Deux approches complémentaires

  • Le modèle expérimental : i-AIDA (Open University)

À l’Open University, l’assistant a été co-construit pendant 13 mois selon une approche de Design-Based Research (Easterday et al., 2014). L’étude de bêta-test (18 étudiant-es) montre un résultat frappant : les étudiant-es initialement sceptiques deviennent majoritairement positifs après usage. L’analyse mobilise notamment le Technology Acceptance Model (Davis, 1989 ; Venkatesh & Bala, 2008), qui souligne l’importance de la perceived usefulness (utilité perçue) et de la perceived ease of use (facilité d’utilisation perçue). Un élément déterminant ressort : la confiance institutionnelle. Les étudiant-es valorisent le fait que l’outil soit développé et encadré par leur université.

L’architecture repose sur l’incorporation de contenus de cours, permettant de contraindre les réponses du modèle à un corpus académique défini, ce qui limite les risques d’hallucination et renforce la pertinence pédagogique.

  • Le modèle stratégique : UvA AI Chat

À l’Université d’Amsterdam, l’approche est davantage infrastructurelle. UvA AI Chat est conçu comme un service institutionnel généralisé: il fonctionne à travers des “personas” spécialisés (par exemple pour le feedback rédactionnel) et s’intègre dans un environnement en ligne institutionnel. L’accent est mis sur le principe Pedagogy first (la pédagogie avant tout), caractérisé par l’alignement sur les learning outcomes, l’usage formatif, et la mise à disposition de modules d’apprentissage sur la littéracie IA. Dix-neuf pilotes disciplinaires ont permis d’observer une valeur ajoutée perçue, notamment pour l’entraînement à l’écriture académique et la préparation aux séminaires, ainsi qu’une réduction des questions répétitives.

Dans les deux cas, le principe est explicite : l’IA doit servir les apprentissages — pas les court-circuiter.

Ce que révèlent ces deux expériences : opportunité pédagogique …et vigilance critique !

  • L’acceptation ne va pas de soi

Même dans un cadre institutionnel, l’adoption nécessite formation des enseignant-es, communication claire et intégration pédagogique explicite. Le déploiement technique ne suffit pas. De pus, les pilotes montrent des réserves : certain-es enseignant-es et étudiant-es expriment une méfiance vis-à-vis des réponses générées, malgré le cadre institutionnel.

  • Le LLM change la nature du soutien académique

L’analyse des prompts (Open University) révèle principalement trois usages: soutien méthodologique, clarification de contenu, aide pour les questions administratives, ainsi que des usages hors sujet. Autrement dit, les étudiants utilisent le LLM comme un tuteur, un coach, un service FAQ et parfois un moteur de recherche. Le LLM institutionnel devient un méta-service académique.

  • Le risque n’est pas seulement l’intégrité académique

Une tension plus subtile apparaît : le risque d’acceptation non critique des réponses. Comme le rappellent plusieurs travaux récents sur l’IA en éducation (Zawacki-Richter et al., 2019 ; Holmes et al., 2022), la question n’est pas seulement “peut-on tricher ?”, mais « comment préserver l’autonomie cognitive et l’esprit critique ? ».

Les universités étudiées insistent donc sur l’alignement du LLM sur les objectifs d’apprentissage, sur la littéracie IA, et sur le rôle complémentaire de l’IA.

  • Quels changements pour les enseignants ?

Les expérimentations montrent des aspects positifs : amélioration rapide des brouillons grâce au feedback immédiat, meilleure préparation aux séminaires et réduction des questions répétitives. Mais ces bénéfices n’apparaissent que lorsque l’usage est pédagogiquement scénarisé : modifier une évaluation pour “éviter la triche” ne suffit pas. Repenser les compétences visées (analyse, argumentation, esprit critique, capacité à collaborer avec l’IA) est plus fécond.

Un enjeu stratégique

Mais développer une infrastructure institutionnelle d’intégration des LLM n’est pas neutre. Cela implique des coûts de maintenance, de soutien pédagogique, de gouvernance des données et de suivi de l’évolution rapide des modèles.

Ces initiatives illustrent cependant aussi un enjeu plus large : la dépendance exclusive aux outils commerciaux peut fragiliser l’autonomie académique, alors qu’investir dans une infrastructure institutionnelle d’intégration de l’IA permet de structurer une politique numérique cohérente, d’harmoniser les pratiques, de renforcer l’équité d’accès et de créer une base d’innovation pédagogique.

Conclusion : une étape vers l’“Éducation 5.0” ?

Les initiatives de l’Open University et de l’Université d’Amsterdam montrent que l’intégration institutionnelle des LLM a commencé. Nous ne sommes plus dans la réaction face aux outils publics, mais dans la construction d’une souveraineté pédagogique numérique: si on ne peut pas posséder le modèle, il faut en maîtriser l’utilisation par l’intégration.

La question n’est plus : les étudiant·es utiliseront-ils l’IA ? Mais plutôt : quelle place voulons-nous lui donner dans l’architecture pédagogique de l’université ?

Les prochaines années — et l’analyse des usages à plus grande échelle — permettront d’en mesurer les effets structurels.

Bibliographie

i-AIDA (Open University) : 

Rienties, B., Ullmann, T., Tessarolo, F., Kwarteng, J., Domingue, J., Coughlan, T., Coughlan, E., & Bektik, D. (2025). Developing an Institutional AI Digital Assistant in an Age of Industry 5.0. Applied Sciences, 15(12), 6640. https://doi.org/10.3390/app15126640

UvA AI Chat : 

Pompe, M. (January 2026). Building UvA AI chat: why we built our own GenAI tool and what we learned, , https://media-and-learning.eu/subject/artificial-intelligence/building-uva-ai-chat-why-we-built-our-own-genai-tool-and-what-we-learned/ (consulté le 2 mars 2026)

Stoop, P. (January 2025). UvA created its own ChatGPT for students and teachers. Is it safer than the original? https://www.folia.nl/en/actueel/164740/uva-created-its-own-chatgpt-for-students-and-teachers-is-it-safer-than-the-original (consulté le 2 mars 2026)

 

Davis, F. D. (1989). Perceived usefulness, perceived ease of use, and user acceptance of information technology. MIS Quarterly, 13(3), 319–340.

Easterday, M. W., Rees Lewis, D., & Gerber, E. M. (2014). Design-based research process: Problems, phases, and applications. International Journal of Designs for Learning, 5(2).

Holmes, W., Bialik, M., & Fadel, C. (2022). Artificial Intelligence in Education: Promises and Implications for Teaching and Learning. Center for Curriculum Redesign.

Venkatesh, V., & Bala, H. (2008). Technology Acceptance Model 3 and a research agenda on interventions. Decision Sciences, 39(2), 273–315.

Zawacki-Richter, O., Marín, V. I., Bond, M., & Gouverneur, F. (2019). Systematic review of research on artificial intelligence applications in higher education. International Journal of Educational Technology in Higher Education, 16(39).

 

Lire aussi le billet de blog Ciel: Pas besoin de ChatGPT pour ça!