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L’ontologie du pilotage : vers une nouvelle éthique de la co-création Humain-IA (2026)

Alors que les échelles de mesure de l’IA (DALIA, AIAS) se multiplient, l’idée ici est d’explorer les limites d’une approche purement quantitative, qu’on pourrait appeler l’effet « Nutri-score ». Il s’agit donc de proposer un changement de paradigme vers une « Échelle de Pilotage » (EP), centrée sur la délégation de responsabilité, mais aussi de projeter la réflexion vers l’avenir des IA agentiques et l’urgence pragmatique d’un cadre normatif pour les revues scientifiques et l’enseignement supérieur.

L’illusion comptable : pourquoi le « Nutri-score » de l’IA échoue

La réponse immédiate des institutions face à l’intelligence artificielle générative (IAG) a été celle de la mesure. Comment quantifier l’intrusion de la machine dans le jardin secret de la pensée humaine ? Des initiatives comme l’échelle genevoise DALIA ont émergé avec une promesse de transparence : étiqueter les œuvres de D1 (100% humain) à D5 (100% IA).

Pourtant, cette approche souffre d’une faille ontologique. Elle repose sur une vision dualiste où l’IA et l’humain seraient deux entités séparables, dont on pourrait peser les apports respectifs comme on pèse les ingrédients d’un plat.

1. Le paradoxe du prompt créatif

Dire qu’un texte est « 100% IA » est techniquement faux. Une IAG est un système probabiliste qui nécessite une condition initiale : le prompt. Ce prompt n’est pas qu’une commande ; c’est une intention structurée, un cadre sémantique, une direction artistique. Dans le cadre d’un mémoire de recherche, le chercheur qui passe trois heures à affiner une instruction pour obtenir une synthèse précise exerce une activité intellectuelle de haut niveau. En le classant dans une catégorie « IA dominante », on occulte le fait que l’humain est le moteur immobile de la génération.

2. L’effet « Nutri-score » : la qualité sacrifiée à la quantité

Le « Nutri-score » alimentaire est un outil précieux pour le consommateur pressé, mais il est aveugle à la gastronomie. Il peut classer une huile d’olive vierge en catégorie « C » ou « D » à cause de sa teneur en graisses, oubliant ses vertus antioxydantes et son rôle dans un régime équilibré. De même, une échelle quantitative pénalise le chercheur qui utilise l’IA pour traiter des masses de données ou polir une syntaxe complexe. On risque de valoriser un texte médiocre « 100% humain » au détriment d’une réflexion brillante « 50% assistée », alors que la valeur ajoutée intellectuelle (l’originalité de la thèse) réside dans le second.

L’Échelle de Pilotage (EP) : une cartographie de la délégation

Si l’échelle AIAS (AI Assessment Scale) a ouvert la voie en distinguant des étapes (brainstorming, édition), elle reste perçue comme une échelle de « permissions » scolaires. Nous proposons de la dépasser par une « Échelle de Pilotage », conçue pour être adoptée par des revues de référence (Nature, The Lancet) et des institutions académiques.

L’objectif n’est plus de mesurer des volumes de texte, mais de déclarer des niveaux de délégation cognitive.

Échelle de Pilotage

Prospective : L’IA agentique et le mirage de l’autonomie

Nous devons cependant nous préparer à un futur — qui est déjà là en laboratoire — où l’IA ne se contente plus de répondre, mais commence à initier.

1. La fin du pilotage ?

Les versions avancées des modèles agentiques (comme les modèles Claude ou GPT dotés de réflexion interne avancée) possèdent une capacité de « réflexion » interne qui leur permet de suggérer des idées avant même que l’humain ne les formule. Nous passons de l’IA-Outil à l’IA-Initiatrice. Dans ce scénario, l’humain risque de devenir un simple « bouton de validation ». L’IA propose un article complet sur une corrélation qu’elle a détectée seule dans les données. L’humain se contente de dire : « Oui, publie cela ».

2. Le risque de l’atrophie et le dernier refuge

Si l’initiative même de la pensée est déléguée, que reste-t-il de l’auteur ? La conclusion de cette évolution est que la valeur d’un travail ne résidera bientôt plus dans l’effort de production, mais dans l’intentionnalité. Vouloir que tel savoir soit partagé reste un acte humain. Mais si nous perdons l’habitude de « prompter » le monde, nous risquons de ne plus être que les curateurs d’un génie algorithmique qui nous suggère quoi désirer.

Approche pragmatique : une standardisation pour les revues et l’examen

Malgré ces vertiges prospectifs, l’urgence est aujourd’hui à la mise en œuvre. Comment des revues telles Science & Vie, La revue française d’économie ou Esprit, ou encore des jurys de mémoires ou de thèses universitaires peuvent-ils intégrer ces outils ?

1. Une mise en place simplifiée

L’Échelle de Pilotage proposée ici a l’avantage de la transparence déclarative. Plutôt que de soumettre un mémoire à un détecteur d’IA (dont on sait qu’ils sont faillibles et injustes), l’étudiant doit joindre une « Annexe de Méthodologie IA ». Dans cette annexe, il coche les niveaux EP utilisés pour chaque section de son travail. Cette approche responsabilise l’auteur au lieu de le criminaliser.

2. Le rôle des éditeurs (Nature, Géo, etc.)

Pour une revue scientifique comme Nature, la validation par les pairs (Peer Review) doit désormais intégrer l’examen de cette délégation. Si un chercheur déclare un niveau P-3 (Co-rédaction) pour ses résultats, les relecteurs doivent être deux fois plus vigilants sur la vérification des faits. Pour une revue de vulgarisation comme Géo, l’usage de l’IA (P-0 ou P-1) permet de libérer du temps pour le reportage de terrain, là où l’IA est aveugle.

3. Vers un « Label de confiance »

Au-delà du Nutri-score, nous avons besoin d’un label de « Qualité du Pilotage ». Un article ou un ouvrage ne seraient pas notés sur leur « pureté humaine », mais sur la rigueur du contrôle exercé par son auteur sur les outils qu’il emploie. La discussion fait actuellement débat au niveau littéraire avec la polémique autour de Thélyson Orélien. Plutôt que de créer un logo « 100% humain » pour lutter contre la production littéraire par l’IA, comme le font les Éditions de l’Observatoire, il vaut mieux considérer le travail plus ou moins symbiotique entre l’auteur et l’IA tel que le décrit Antoine Buéno en tribune de Libération.

Conclusion : réhabiliter le chef d'orchestre

Nous ne reviendrons pas en arrière. L’IA est entrée dans la fabrique de la connaissance. Si nous persistons à vouloir quantifier l’IA avec des échelles binaires et morales, nous échouerons à comprendre la mutation en cours.

Le salut de l’enseignement et de la recherche réside dans la formation à la gouvernance de l’IA. Nous devons apprendre aux étudiants et aux chercheurs à être des chefs d’orchestre exigeants plutôt que des consommateurs passifs. L’Échelle de Pilotage est le premier jalon de cette nouvelle éthique : elle ne juge pas l’outil, elle qualifie l’intelligence de celui qui le dirige. Dans un monde où la machine peut tout écrire, la seule question qui vaille demeure : « Qui a voulu dire cela, et pourquoi ? »



Les examens et rattrapages arrivent, connaissez-vous le e-assessment ?

Les examens arrivent à grands pas.  Pour certain.es d’entre vous, ils ont même peut-être déjà débuté.

Mais connaissez-vous les différents types d’examen qui sont à votre disposition, via l’équipe e-assessment au service e-learning de l’UNIGE ?

Cette note a pour but de vous faire découvrir ou redécouvrir les différentes modalités d’examen disponibles à l’aide d’un ordinateur ou d’une tablette au sein de l’UNIGE.

Pour commencer, en quoi consiste un e-assessment ?

L’e-assessment consiste tout simplement à faire passer un examen sur un support numérique, tel qu’un ordinateur fixe, un portable, ou une tablette. Il se base typiquement sur les fonctionnalités de Moodle, en utilisant des espaces spécifiques dédiés exclusivement  aux examens (e-examen.unige.ch).

D’un point de vue pédagogique, le grand avantage de ce type d’examen est la possibilité d’évaluer les étudiant·es dans des conditions plus proches de la réalité contemporaine. On peut ainsi leur demander de résoudre des problèmes en utilisant des programmes informatiques, en ayant accès (de manière contrôlée) à des ressources sur internet, ou en travaillant avec des fichiers vidéo ou audio.

D’un point de vue pratique, l’e-assessment permet d’automatiser la correction des questions du type QCM et Kprime , tout en augmentant leur qualité (quasi-suppression des problèmes de lisibilité manuscrite ou données manquantes) . De plus, il est possible de créer des banques de questions afin de réutiliser ces dernières pour de futurs examens.

Quels sont les types d’examen e-assessment existants ? Nous vous présentons dans ce blog trois grandes approches pour le e-assessment.

Examens sur ordinateur ou tablette institutionnels

Réalisés de A à Z sur du matériel institutionnel, dans les salles informatiques de l’UNIGE. La salle informatique de Saint-Georges (74 places)  permet par exemple d’accueillir vos examens.

Vous pouvez dans ce cadre prévoir des scénarios simples ou complexes, qui utilisent (ou non) des ressources web de façon limitée, ou des applications tierces. Les examens peuvent être davantage sécurisés grâce au système Safe Exam Browser (SEB) [Pour plus d’information sur SEB, n’hésitez pas à consulter les informations ici].

Offline Quizz

Examens sur papier avec correction automatisée par ordinateur. Le Offline Quiz (ou test hors-ligne) est proposé sur les Moodle examens. Cela vous permet d’évaluer des questions de type QCM (choix simple, choix multiple, ou Kprime).  Les étudiant·es passent l’examen sur table, cochent leurs réponses, et vous rendent leurs feuilles.

Vous n’avez ensuite plus qu’à scanner les feuilles : Moodle les traitera automatiquement, et procédera ensuite à une correction automatisée. Cette modalité est idéale pour les examens avec un nombre important de candidat-es. De plus, il est possible si l’espace est restreint de créer plusieurs versions du même examen en mélangeant les questions.  

Examens BYOD

Examens en présentiel directement sur l’ordinateur des étudiants. Les étudiant·es passent des examens avec leur propre appareil (BYOD Bring your own device = apporter votre propre appareil) personnel (portable sous Windows, Mac, tablette s, iPad, etc.) dans un environnement sécurisé (Safe Exam Browser). La réalisation de ce type d’examen demande une grande organisation en amont. En effet, les étudiant·es doivent installer Safe Exam Browser sur leurs appareils.

Par ailleurs, les appareils doivent impérativement  être compatibles et présenter des caractéristiques techniques minimales. Le BYOD permet donc d’organiser des examens sécurisés sur le matériel des étudiant·es (avec leur clavier et dans leur langue)  tout en palliant le problème du nombre de places limitées dans les salles informatiques

En bref, l’e-assessment est idéal si vous souhaitez continuer à utiliser l’environnement  et les fonctionnalités de Moodle pour vos examens. En effet, les banques de questions Moodle vous permettent de créer et de gérer un nombre important de questions.

Quel est un des bénéfices de  l’utilisation de la banque de question ? Toute modification apportée à vos questions dans Moodle est conservée dans un historique. Vous pouvez donc mettre à jour des questions sans avoir à toujours les recréer.

L’utilisation d’un environnement déjà familier, tel que Moodle, peut aussi être positif pour les enseignant·es et les étudiant·es.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à vous rendre sur le site elearning.unige.ch ; vous y trouverez plus d’informations et des interlocuteur·trice·s pour la réalisation d’e-assessments.



NotebookLM: un outil pour l’enseignement et l’apprentissage

L’explosion actuelle de l’IA générative bouleverse le paysage académique. De nombreux outils permettent désormais de nous assister dans nos tâches administratives, organisationnelles, ou encore pédagogiques. Parmi eux, NotebookLM se distingue comme un outil à fort potentiel pour les activités d’enseignement et d’apprentissage.

Principes

Basé sur le concept de source-grounding, NotebookLM génère des réponses uniquement à partir des documents que vous lui fournissez dans votre « carnet de notes ». Ces documents peuvent être de différents formats : PDF, Word, Powerpoint, Google Docs, pages web ou encore vidéos mp3 ou YouTube. Ils sont ensuite indexés et traités selon la technique du RAG (Retrieval-Augmented Generation), ce qui permet de réduire significativement les hallucinations. À noter qu’il est recommandé d’importer les images via Google Docs afin de garantir une meilleure interprétation des graphiques.

Fonctionnalités

Vous pouvez ensuite interagir avec vos contenus générés, soit via des prompts basiques, soit en ayant recours au meta-prompting en vous appuyant sur d’autres IA génératives comme ChatGPT ou Claude pour affiner vos requêtes. Chaque réponse contient des références numérotées vers les documents sources, ce qui vous permet de vérifier facilement les informations.
Une grande originalité de NotebookLM repose sur la richesse de ses fonctionnalités, à savoir la génération de résumés sous divers formats (textuels, audio ou vidéo) et différents supports comme un rapport, une infographie ou un tableau de données. Certaines fonctionnalités peuvent également accompagner l’apprentissage comme la création de cartes conceptuelles, de fiches d’apprentissage ou encore de quiz.

Usages académiques

Dans un cadre académique, NotebookLM peut notamment être utilisé pour …:

  • aider à la réalisation d’un état de l’art sur un domaine spécifique
  • générer des quiz à partir de supports de cours (présentations, articles, notes, etc.)
  • reformuler des concepts complexes issus d’articles scientifiques afin d’en faciliter la compréhension
  • synthétiser plusieurs articles ou chapitres pour préparer une séance de cours
  • …

Pour chacun de ces usages, votre rôle d’expert reste essentiel: il vous revient d’affiner les consignes (prompts), ainsi que de vérifier et valider les réponses produites.

Vigilance

Enfin, bien que Google indique que les données importées dans NotebookLM (documents sources, prompts) ne sont pas utilisées pour entraîner ses modèles d’IA, l’usage d’un tel outil requiert une vigilance particulière quant aux contenus fournis. Les données sensibles, personnelles ou protégées par le droit d’auteur doivent être exclues. Par ailleurs, il est essentiel d’adopter une posture critique vis-à-vis des résultats générés afin d’en assurer la qualité et la fiabilité.


L’IA générative fait évoluer le référentiel de compétences numériques UNIGE

Dans le cadre du projet Digital Skill de SwissUniversities, un référentiel de compétences numériques de l’Université de Genève a été publié en mai 2022. Cet outil a été opérationnalisé dans la plateforme Make It Easy, qui permet aux membres de la communauté académique d’auto-évaluer leurs compétences afin obtenir un profil numérique ciblé, ainsi que des propositions de formations permettant de combler les éventuelles lacunes.

En novembre 2025, une version actualisée de ce référentiel de compétences a vu le jour. Elle intègre désormais des compétences liées à l’utilisation et l’appropriation critique des outils d’Intelligence Artificielle Générative (IAGen).

Pour élaborer cette nouvelle version, le groupe de travail a mis en place une méthodologie rigoureuse comprenant un état des lieux des référentiels IAGen existants, la conception d’une version intégrée, ainsi que plusieurs cycles d’évaluation par des experts en IA, en informatique et en pédagogie.

Cette démarche a permis d’identifier un ensemble de compétences IAGen réparties entre compétences transversales et applications concrètes dans les quatre domaines de base du référentiel UNIGE : traitement de l’information, création de contenu numérique, communication et collaboration, et gestion des données.

Le questionnaire d’auto‑positionnement de la plateforme Make It Easy est actuellement en cours d’adaptation afin que des questions spécifiques mesurant les compétences en lien avec les outils d’IAGen soient systématiquement intégrées. Les formations proposées par l’institution en lien avec les IAGen seront également incluses dans le catalogue de la plateforme, permettant aux membres de la communauté académique de s’auto‑évaluer et de se former, en fonction de leurs besoins, à l’usage et à l’appropriation critique de ces outils.

Révision de la structure du référentiel de compétences numériques

Le référentiel de compétence numérique UNIGE est organisé autour de quatre domaines de compétences distincts, ainsi que des compétences qui leur sont transversales. Les domaines de compétences évaluent la capacité des membres de la communauté universitaire à agir dans un environnement de travail ou d’enseignement numérique selon quatre types d’activités caractéristiques du contexte académique : Traitement de l’information et des médias ; Création de contenu ; Communication et collaboration ; Gestion des données.

TRAITEMENT DE L’INFORMATION ET DES MEDIAS – 1

En complément, le référentiel intègre les compétences transversales suivantes :

  • Compétences en lien avec l’IAGen, qui sont également intégrées dans les quatre domaines de compétences caractéristiques des activités académiques. Ce volet du référentiel a été intégré lors de cette mise à jour pour prendre en compte les compétences mobilisées en lien avec les outils d’IAGen.
  • Compétences propres à la pensée computationnelle, à savoir la capacité à exploiter des méthodes et outils numériques dans leur ensemble pour formuler des problèmes et développer des solutions.

Le Référentiel UNIGE est encore complété par une série de compétences relatives à la sécurité et l’identité numérique, mobilisées indépendamment du domaine d’activité.

Compétences transversales liées à l’IAGen

Les compétences transversales en lien avec l’IAGen identifiées dans le cadre de ce travail d’intégration sont les suivantes :

  • Je connais le fonctionnement de base des IAGen – ​Référence au Guide Pratique de l’UNIGE – Intélligence Artificielle Générative ​
  • Je sais formuler des prompts, de manière à : ​
      1. faire exécuter directement une tâche par l’outil d’IAGen​
      2. générer du code pour automatiser la réalisation d’une tâche par d’autres outils numériques​
      3. l’utiliser comme un assistant virtuel, avec des interactions dialogiques​
  • Je sais entraîner un outil d’IAGen afin de personnaliser son comportement (par ex. création d’agents autonomes)​
  • Je sais qu’il faut mettre en place des stratégies de vérification des résultats fournis par un outil d’IAGen​
  • Je suis sensible aux considérations éthiques, environnementales et au risque de dépendance associé à l’utilisation des IAGen​

Liens utiles :

 



L’IA générative, un levier pour transformer l’évaluation des apprentissages

L’arrivée fulgurante de l’IA générative (IAg) dans l’enseignement supérieur bouscule les repères traditionnels de l’évaluation. Rédiger un essai, résoudre un problème ou synthétiser un article : autant de tâches qu’un étudiant ou une étudiante peut désormais automatiser en quelques secondes. Faut-il y voir une menace ? Pas forcément. C’est de notre point de vue une invitation à repenser les pratiques pédagogiques et un levier pour transformer l’évaluation des apprentissages. L’un des enjeux centraux que pose l’émergence des IAg pour l’enseignement universitaire est de faire évoluer les pratiques pédagogiques tout en conservant ce qui en fait le cœur, à savoir la mise en valeur du raisonnement rigoureux, de l’analyse critique ainsi que la compréhension en profondeur des concepts.

L'évaluation authentique

Les chercheuses et chercheurs en pédagogie universitaire mettent en avant depuis plusieurs années la notion d’évaluation en situation authentique comme moyen privilégié pour construire des compétences critiques. Selon Prégent, Bernard et Kozanitis (2009), ce type d’évaluation place la personne étudiante dans une situation complexe, signifiante et proche de celles rencontrées dans la vie professionnelle ou sociale. L’enjeu n’est pas seulement de vérifier des connaissances, mais bien d’évaluer la capacité de la personne étudiante à mobiliser et articuler plusieurs compétences afin de réaliser une tâche réaliste, contextualisée et porteuse de sens.

Dans le contexte actuel marqué par l’essor des IAg, cette approche devient d’autant plus pertinente qu’elle permet de solliciter des compétences difficilement déléguables à une IA, notamment celles liées au raisonnement situé, au jugement professionnel ou à la communication orale. Elle favorise également l’engagement actif des étudiantes et étudiants, en les plaçant face à des défis concrets qui exigent une appropriation véritable des savoirs et une mise en pratique réfléchie.

Exemples UNIGE

Plusieurs formes d’évaluation authentique étaient déjà largement utilisées avant l’apparition des IAg. Parmi les exemples les plus courants, on peut mentionner la mise en scène d’une plaidoirie dans un procès fictif, la conception d’un business model présenté et défendu lors d’un pitch, ou encore la conduite d’enquêtes de terrain en sciences sociales. À l’UNIGE, nombre d’enseignantes et enseignants font preuve de beaucoup de créativité pour développer des évaluations authentiques, citons parmi beaucoup d’autres,

Nouveaux enjeux

Avec l’arrivée des IAg, au moins deux enjeux majeurs émergent et appellent une transformation assez profonde des pratiques pédagogiques. Pour accompagner cette évolution à l’UNIGE, le pôle SEA a publié dès l’apparition des IAg un guide pour l’enseignement. Ce dernier comprend une section spécifique sur l’évaluation des apprentissages. Trois axes y sont distingués :

  1. Une évaluation centrée sur les connaissances et les compétences, réalisée sans aucune assistance de l’IA ;
  2. Une évaluation exploitant les limites actuelles des IAg, en s’appuyant sur ce qu’elles ne maîtrisent pas encore (même si ces limites évoluent rapidement) ;
  3. Une évaluation intégrant pleinement l’IA, prenant les productions générées comme objets d’analyse ou de travail.

Dans le cadre du premier axe, les examens en e-assessment  permettent de neutraliser facilement le recours aux IAg. Toutefois les travaux écrits rédigés à la maison et en particulier les travaux de fin d’étude, restent largement exposés à un tel recours. Cette situation entraîne un rééquilibrage entre les modalités d’évaluation écrites et orales. Les épreuves orales, en particulier, sont appelées à occuper une place croissante dans la validation des mémoires, des projets ou des travaux écrits. Elles permettent en effet d’apprécier plus finement la compréhension, la capacité d’argumentation ainsi que l’authenticité des apprentissages. Cette évolution conduira vraisemblablement à concevoir de nouveaux dispositifs d’évaluation valorisant davantage les différentes formes d’oralité, à l’image des exemples évoqués précédemment.

Le troisième axe ouvre quant à lui de nouveaux chantiers en matière d’évaluation en intégrant l’IA de manière constructive et alignée avec les objectifs pédagogiques. Cette intégration est particulièrement pertinente dans des situations authentiques, proches des pratiques réelles des étudiants. L’enjeu pour le corps enseignant, avec le soutien des centres de soutien à l’enseignement, est de concevoir des activités où l’usage de l’IA générative devient un levier pour développer la pensée critique. Par exemple, les étudiants peuvent comparer plusieurs réponses produites par une IA, en identifier les limites ou les biais, puis proposer une version améliorée et argumentée. Ils peuvent également analyser la cohérence factuelle d’un texte généré, repérer d’éventuelles erreurs ou hallucinations, et discuter des conditions dans lesquelles les productions de l’IA demeurent pertinentes ou nécessitent un complément d’expertise humaine.

Check-list

Avec le développement d’activités pédagogiques intégrant l’IA, il devient essentiel de communiquer aux étudiantes et étudiants un cadre dont les objectifs sont bien explicités. Des initiatives intéressantes émergent pour outiller les enseignantes et enseignants afin de les aider à clarifier les attentes en fonction des tâches. Nous en citons ici deux, l’une provenant de l’UNIGE, la seconde de nos collègues d’Uni distance. La première téléchargeable sous forme de fichier Word sur la page des recommandations de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) donne une liste d’une vingtaine d’usages possibles de l’IA dans le cadre académique avec la possibilité d’indiquer ceux autorisés ou non dans tel ou tel enseignement. La deuxième version se présente sous forme d’un mur numérique très simple d’usage et exportable en PDF sur lequel l’enseignant peut déplacer les usages correspondant à son contexte d’enseignement vers un tableau à trois colonnes (autorisé, autorisé avec réserve et non autorisé) à communiquer à ses étudiantes et étudiants.

Texte rédigé avec l’aide de chatGPT

Références

Carbonnel, H. & Jullien, J.-M. (2025). Use of generative AI in learning and assessment. EDUDL+ at UniDistance Suisse
Tool zur Reflexion KI Verwendung (consulté le 12 mars 2026)

Carlei, Ch. & Colpaert, L. (2023). Plateforme d’innovation pédagogique. SEA : UNIGE.
https://www.unige.ch/innovations-pedagogiques/ (consulté le 12 mars 2026)

Groupe de travail IA (2025).Check list des usages des outils d’IA génératives dans le cadre d’un enseignement, FPSE : Université de Genève.
A télécharger sur https://www.unige.ch/fapse/faculte/utilisation-ia (consulté le 12 mars 2026)

Colpaert, L. & Haeberli, Ph. (2024) Guide IA et enseignement. SEA : UNIGE.
https://view.genially.com/642e8b666cba7a0011ef4154 (consulté le 12 mars 2026)

Prégent, R., Bernard, H., & Kozanitis, A. (2009). Chapitre 5 : Évaluer des compétences en situation authentique. In Enseigner à l’université dans une approche-programme (pp. 137–189). Montréal : Presses Internationales Polytechnique.