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L’IA générative, un levier pour transformer l’évaluation des apprentissages

L’arrivée fulgurante de l’IA générative (IAg) dans l’enseignement supérieur bouscule les repères traditionnels de l’évaluation. Rédiger un essai, résoudre un problème ou synthétiser un article : autant de tâches qu’un étudiant ou une étudiante peut désormais automatiser en quelques secondes. Faut-il y voir une menace ? Pas forcément. C’est de notre point de vue une invitation à repenser les pratiques pédagogiques et un levier pour transformer l’évaluation des apprentissages. L’un des enjeux centraux que pose l’émergence des IAg pour l’enseignement universitaire est de faire évoluer les pratiques pédagogiques tout en conservant ce qui en fait le cœur, à savoir la mise en valeur du raisonnement rigoureux, de l’analyse critique ainsi que la compréhension en profondeur des concepts.

L'évaluation authentique

Les chercheuses et chercheurs en pédagogie universitaire mettent en avant depuis plusieurs années la notion d’évaluation en situation authentique comme moyen privilégié pour construire des compétences critiques. Selon Prégent, Bernard et Kozanitis (2009), ce type d’évaluation place la personne étudiante dans une situation complexe, signifiante et proche de celles rencontrées dans la vie professionnelle ou sociale. L’enjeu n’est pas seulement de vérifier des connaissances, mais bien d’évaluer la capacité de la personne étudiante à mobiliser et articuler plusieurs compétences afin de réaliser une tâche réaliste, contextualisée et porteuse de sens.

Dans le contexte actuel marqué par l’essor des IAg, cette approche devient d’autant plus pertinente qu’elle permet de solliciter des compétences difficilement déléguables à une IA, notamment celles liées au raisonnement situé, au jugement professionnel ou à la communication orale. Elle favorise également l’engagement actif des étudiantes et étudiants, en les plaçant face à des défis concrets qui exigent une appropriation véritable des savoirs et une mise en pratique réfléchie.

Exemples UNIGE

Plusieurs formes d’évaluation authentique étaient déjà largement utilisées avant l’apparition des IAg. Parmi les exemples les plus courants, on peut mentionner la mise en scène d’une plaidoirie dans un procès fictif, la conception d’un business model présenté et défendu lors d’un pitch, ou encore la conduite d’enquêtes de terrain en sciences sociales. À l’UNIGE, nombre d’enseignantes et enseignants font preuve de beaucoup de créativité pour développer des évaluations authentiques, citons parmi beaucoup d’autres,

Nouveaux enjeux

Avec l’arrivée des IAg, au moins deux enjeux majeurs émergent et appellent une transformation assez profonde des pratiques pédagogiques. Pour accompagner cette évolution à l’UNIGE, le pôle SEA a publié dès l’apparition des IAg un guide pour l’enseignement. Ce dernier comprend une section spécifique sur l’évaluation des apprentissages. Trois axes y sont distingués :

  1. Une évaluation centrée sur les connaissances et les compétences, réalisée sans aucune assistance de l’IA ;
  2. Une évaluation exploitant les limites actuelles des IAg, en s’appuyant sur ce qu’elles ne maîtrisent pas encore (même si ces limites évoluent rapidement) ;
  3. Une évaluation intégrant pleinement l’IA, prenant les productions générées comme objets d’analyse ou de travail.

Dans le cadre du premier axe, les examens en e-assessment  permettent de neutraliser facilement le recours aux IAg. Toutefois les travaux écrits rédigés à la maison et en particulier les travaux de fin d’étude, restent largement exposés à un tel recours. Cette situation entraîne un rééquilibrage entre les modalités d’évaluation écrites et orales. Les épreuves orales, en particulier, sont appelées à occuper une place croissante dans la validation des mémoires, des projets ou des travaux écrits. Elles permettent en effet d’apprécier plus finement la compréhension, la capacité d’argumentation ainsi que l’authenticité des apprentissages. Cette évolution conduira vraisemblablement à concevoir de nouveaux dispositifs d’évaluation valorisant davantage les différentes formes d’oralité, à l’image des exemples évoqués précédemment.

Le troisième axe ouvre quant à lui de nouveaux chantiers en matière d’évaluation en intégrant l’IA de manière constructive et alignée avec les objectifs pédagogiques. Cette intégration est particulièrement pertinente dans des situations authentiques, proches des pratiques réelles des étudiants. L’enjeu pour le corps enseignant, avec le soutien des centres de soutien à l’enseignement, est de concevoir des activités où l’usage de l’IA générative devient un levier pour développer la pensée critique. Par exemple, les étudiants peuvent comparer plusieurs réponses produites par une IA, en identifier les limites ou les biais, puis proposer une version améliorée et argumentée. Ils peuvent également analyser la cohérence factuelle d’un texte généré, repérer d’éventuelles erreurs ou hallucinations, et discuter des conditions dans lesquelles les productions de l’IA demeurent pertinentes ou nécessitent un complément d’expertise humaine.

Check-list

Avec le développement d’activités pédagogiques intégrant l’IA, il devient essentiel de communiquer aux étudiantes et étudiants un cadre dont les objectifs sont bien explicités. Des initiatives intéressantes émergent pour outiller les enseignantes et enseignants afin de les aider à clarifier les attentes en fonction des tâches. Nous en citons ici deux, l’une provenant de l’UNIGE, la seconde de nos collègues d’Uni distance. La première téléchargeable sous forme de fichier Word sur la page des recommandations de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) donne une liste d’une vingtaine d’usages possibles de l’IA dans le cadre académique avec la possibilité d’indiquer ceux autorisés ou non dans tel ou tel enseignement. La deuxième version se présente sous forme d’un mur numérique très simple d’usage et exportable en PDF sur lequel l’enseignant peut déplacer les usages correspondant à son contexte d’enseignement vers un tableau à trois colonnes (autorisé, autorisé avec réserve et non autorisé) à communiquer à ses étudiantes et étudiants.

Texte rédigé avec l’aide de chatGPT

Références

Carbonnel, H. & Jullien, J.-M. (2025). Use of generative AI in learning and assessment. EDUDL+ at UniDistance Suisse
Tool zur Reflexion KI Verwendung (consulté le 12 mars 2026)

Carlei, Ch. & Colpaert, L. (2023). Plateforme d’innovation pédagogique. SEA : UNIGE.
https://www.unige.ch/innovations-pedagogiques/ (consulté le 12 mars 2026)

Groupe de travail IA (2025).Check list des usages des outils d’IA génératives dans le cadre d’un enseignement, FPSE : Université de Genève.
A télécharger sur https://www.unige.ch/fapse/faculte/utilisation-ia (consulté le 12 mars 2026)

Colpaert, L. & Haeberli, Ph. (2024) Guide IA et enseignement. SEA : UNIGE.
https://view.genially.com/642e8b666cba7a0011ef4154 (consulté le 12 mars 2026)

Prégent, R., Bernard, H., & Kozanitis, A. (2009). Chapitre 5 : Évaluer des compétences en situation authentique. In Enseigner à l’université dans une approche-programme (pp. 137–189). Montréal : Presses Internationales Polytechnique.



Podcast, Mediaserver – Une alliance qui va de soi

Imaginez-vous une scène. Vous êtes dans une pièce, plutôt exiguë et molletonnée. Un micro pend devant vous, capte chaque son, chaque inspiration et expiration. Devant vous, votre hôte, une personne affable, qui vous pose des questions et écoute vos réponses. Qu’est-ce que cette scène évoque pour vous ? Si vous avez pensé à un Podcast, bravo !

Cette brève introduction me permet de vous annoncer une nouvelle opportunité pour l’enseignement et la diffusion de vos contenus audio. Les podcasts arrivent sur Mediaserver !  

Le podcast, un outil pédagogique

Pour les lecteurs réguliers du blog, vous vous souvenez peut-être d’un article publié en mars 2023 sur le podcast comme outil pédagogique :
Le podcast, une petite révolution pour l’apprentissage autonome et l’enseignement expérientiel

Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, voici un bref résumé (cependant, n’hésitez pas à lire l’article original) :

Les podcasts sont des enregistrements audio diffusés numériquement, accessibles à un public large et varié. Ils couvrent une multitude de sujets et offrent une grande flexibilité d’écoute, idéale pour un apprentissage asynchrone. De plus en plus utilisés dans l’enseignement, ils permettent aux apprenants de consommer du contenu à leur rythme, où et quand ils le souhaitent.

L’Université de Genève propose déjà plusieurs podcasts institutionnels, comme LifeLongLearning@UNIGE (CFCD) ou Au Pied du Mur (BT).

Vous trouverez la liste complète ici : www.unige.ch/podcasts/actualite

Les podcasts sont en plein essor et continuent de gagner en popularité à travers le monde [Plus d’information sur les chiffres ici]. Souvent diffusés sur des plateformes bien connues (Spotify, Apple Podcasts, SoundCloud…), ils peuvent désormais être hébergés directement sur Mediaserver.

Alors, comment ça marche de mettre son podcast sur Mediaserver ?

  1. Choisissez un titre vendeur, accrocheur et ajoutez un podcast depuis votre tableau de bord sur Mediaserver.
  2. Soyez inspiré et ajoutez une description. 
  3. Définissez :
    • La langue du podcast
    • Une catégorie (ex. : Arts, Technologies, entrepreneuriat…)
    • Une image de couverture pour le podcast (ensuite, pour chaque épisode)
  4. Contrôlez l’accès : comme pour vos enregistrements, vous pouvez restreindre les accès selon les mêmes règles de permissions que vos collections.
    • Mettez votre Podcast disponible pour le monde entier ! [Permission = public]
    • Au bien, votre Podcast n’est que pour les étudiant-es [Permission = UNIGE]
    • Encore plus fin, pour vos étudiant-es uniquement [Permission = Groupe]
  5. Partagez facilement : récupérez le flux RSS pour intégrer votre podcast à votre site web ou le diffuser sur d’autres plateformes, telles que Spotify et Soundcloud. 

Pourquoi utiliser Mediaserver ?

  • Hébergement local et sécurisé, en accord avec les politiques de l’UNIGE
  • Liberté de diffusion : vous gardez le contrôle de votre contenu et de son accès
  • Une alternative GAFAM *clin d’œil*

Et vous ?

Est-ce que ces quelques lignes vous on convaincu d’essayer les Podcast et de les héberger chez nous ? Nous espérons que oui ! N’hésitez pas à tester cette nouvelle fonctionnalité. Cela va aussi permettre d’enrichir la bibliothèque audio de l’UNIGE, et de partagez vos savoirs avec la communauté universitaire.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ou à nous écrire elearning @unige.ch

Écriture du billet par Noémie Chappuis, relecture par l’IA Euria, relecture humaine par Patrizia Birchler Emery

 

 



Des tons du mandarin aux tonalités interculturelles : expérience d’un Virtual Exchange

Une pédagogie pensée par l’humain, pour l’humain.

Enseigner le chinois à l’Université de Genève à des étudiant-es en relations internationales est une aventure passionnante. Leur objectif est clair : beaucoup envisagent un séjour académique en Chine ou dans le monde sinophone. Leur motivation pour la langue et la culture est forte, palpable. Pourtant, le défi est de taille : avec seulement 4 heures de cours par semaine sur une année, et des groupes d’une vingtaine d’étudiant·e·s, le temps consacré à la pratique orale et à l’interaction authentique est forcément limité. Comment trouver une solution à ce défi ?

La réponse est venue d’une méthode pédagogique intitulée Virtual Exchange (VE), ou télécollaboration, qui désigne des dispositifs d’apprentissage en ligne intégrés aux enseignements universitaires, qui mettent en relation des étudiant-es de différents pays ou contextes culturels autour de projets collaboratifs conçus de manière structurée. Encadrés par des enseignant-es, ces échanges – synchrones ou asynchrones – reposent sur une conception pédagogique fine, avec des objectifs d’apprentissage clairement définis (O’Dowd & Dooly, 2020).

J’avais déjà pratiqué cette méthode avec des étudiant-es de l’unité d’études chinoises (Wang-Szilas, Berger & Zhang, 2013, voir également le blog précédent ), mais jamais avec des étudiant-es venant d’autres disciplines. Était-ce transposable ? Une autre question persistait aussi : comment l’intégrer dans un emploi du temps déjà dense et un programme à respecter ?

Ce billet propose un retour d’expérience sur la mise en place d’un Virtual Exchange mené avec des universités partenaires en Chine. Il vise à montrer comment ce dispositif peut enrichir l’apprentissage linguistique et interculturel, tout en s’inscrivant de manière réaliste et structurée dans un cursus universitaire existant.

Design du projet

Qui participe ? Pour combien de temps ?

J’ai choisi de lancer le projet de façon pragmatique, en l’intégrant dans mon syllabus, avec des étudiant-es venant de deux universités en Chine. Il s’agit de deux séances d’échange virtuel (90 minutes par séance) pour 60 étudiant-es, selon les disponibilités des enseignant-es et des étudiant-es dans mes réseaux :

  • 20 étudiant-es suisses venant de la filière relations internationales (mes étudiant-es)
  • 20 étudiant-es chinois-es venant de l’enseignement du chinois langue étrangère pour le VE1
  • 20 étudiant-es chinois-es venant de la filière anglais langue et culture seconde, pour le VE2

Le calendrier était serré mais réaliste : les deux séances ont été organisées au milieu du semestre d’automne, les 3 et 4 décembre. Deux semaines avant, nous avons consacré du temps pendant les cours à la préparation technique et relationnelle : installation et test de WeChat, mise en relation des binômes, et une mini-rencontre préliminaire pour briser la glace.

Comment organiser ?

Après avoir obtenu la confirmation de deux collègues en Chine sur leur participation et les tâches à effectuer, nous avons fixé l’organisation suivante :

  • Demander aux étudiant-es d’installer WeChat (une application chinoise de messagerie et d’appels audio ou vidéo, similaire à WhatsApp) sur PC ou smartphone comme outil d’échange
  • 5 groupes ont été créés : 3 groupes pour chaque université et 1 groupe pour VE1 et 1 groupe pour VE2 pour faciliter la communication avant, pendant et après chaque séance d’échange
  • Dans les groupes, deux documents sont partagés : 1) Un document Excel qui indique la constitution de binômes; 2) Une fiche de travail : les fiches de travail pour VE 1 et VE 2 sont diffusées dans les groupes dédiés pour guider l’échange et les travaux à rendre
  • Moodle est utilisé pour mes étudiant-es (UNIGE) pour déposer les travaux

Les binômes ont été formés par les enseignant-es selon des critères simples : équilibrer les niveaux linguistiques et, dans la mesure du possible, favoriser des profils ou intérêts complémentaires identifiés lors des premiers échanges.

Anticiper les obstacles

Toute expérience de Virtual Exchange comporte son lot de défis techniques et logistiques. Le décalage horaire entre Genève et la Chine (7 heures en hiver, par exemple 10h-12h pour Genève et 17h-19h pour la Chine) a nécessité une planification rigoureuse des créneaux d’échange. Sur le plan technologique, la plupart des étudiant·e·s ont installé WeChat sans difficulté, bien qu’une étudiante ait rencontré des problèmes techniques résolus avec l’aide de ses pairs.

La dimension éthique mérite également d’être abordée : le choix de WeChat, application chinoise, soulève des questions de confidentialité des données. Cependant, les alternatives occidentales (Zoom, Teams, WhatsApp) ne fonctionnent pas de manière fiable en Chine en raison des restrictions d’accès. Cette contrainte technique nous a imposé ce choix, que nous avons expliqué aux étudiant·e·s en toute transparence.

Deux activités, deux objectifs : langue et culture

L’échange a été construit autour de deux partenariats distincts avec des universités chinoises, chaque activité visant un objectif précis.

Activité 1 : Se présenter – un pont linguistique et pédagogique

  • Partenaire : L’Université du Zhejiang (ZJU).
  • Participant-es : Mes 20 étudiant-es de Genève (niveau débutant/post-débutant) et 20 futur-es enseignant-es de chinois langue étrangère de ZJU.
  • Tâche : En binôme, les étudiant·e·s de ZJU accompagnaient les étudiant·e·s de l’UNIGE dans la préparation de leur présentation personnelle, à partir des consignes fournies dans le fiche de travail. Ils/elles les aident notamment à travailler la prononciation, les tons et la structure, tout en réfléchissant à leur propre démarche pédagogique.
  • Langues de travail : Principalement en chinois, l’anglais pouvant être utilisé de manière ponctuelle pour clarifier certains points si nécessaire.
  • Objectifs : Pour mes étudiant‑es, il s’agissait d’une motivation concrète pour travailler l’oral avec précision, face à un public authentique. Pour leurs partenaires, c’était une occasion de réfléchir aux défis de l’apprentissage du chinois et aux méthodes de tutorat en ligne et de rétroaction.
  • Travaux à rendre : Les étudiant·e·s de l’UNIGE déposent l’enregistrement audio de leur présentation en chinois sur Moodle. Les étudiant·e·s de ZJU remettent une rétroaction écrite, accompagnée d’une courte réflexion pédagogique sur leur expérience de tutorat.

Activité 2 : La vie étudiante – un miroir interculturel

  • Partenaire : L’Université de Hubei (HUBU).
  • Participant-es : Les mêmes étudiant-es de l’UNIGE et 20 étudiant-es en anglais (spécialité communication interculturelle) de HUBU.
  • Tâche : En binôme, les étudiant·e·s échangaient via WeChat sur leur vie étudiante quotidienne (logement, cours, loisirs, défis, relation professeur–étudiant, etc.), en s’appuyant sur les consignes figurant dans la fiche de travail. Ils/elles co-créent ensuite un court rapport comparatif.
  • Langues de travail : principalement en anglais comme lingua franca ; le chinois ou d’autres langues pouvaient intervenir ponctuellement selon les besoins de l’échange.
  • Objectifs : L’activité vise à développer les compétences d’interaction et de médiation interculturelles (CECR) à travers des échanges entre pairs, favorisant pour les étudiant·e·s de l’UNIGE une compréhension située de la Chine contemporaine, et pour les étudiant·e·s de HUBU une réflexion critique sur les représentations de l’Europe.
  • Travaux à rendre : Chaque binôme devait remettre un court rapport commun de 200 à 300 mots, présentant leur échange et leur analyse comparative.

Retours des étudiant-es : « Très enrichissant et valorisant »

Trois entretiens ont été organisés avec certaines étudiant-es d’UNIGE (en classe), de ZJU et de HUBU (via WeChat). Les retours des étudiant-es ont été unanimes. L’adjectif « enrichissant » est revenu comme un leitmotiv. Ils/elles ont particulièrement apprécié :

  • Des objectifs très pertinents : savoir « se présenter » s’inscrit parfaitement dans les objectifs linguistiques pour le niveau  A1.
  • La qualité et l’authenticité des interactions : recevoir des commentaires directs et détaillés d’un-e « expert-e » (le partenaire de ZJU) a été extrêmement valorisant et perçu comme plus efficace qu’une correction purement académique.
  • La prise de conscience linguistique : l’exercice les a forcés à une réflexion métalinguistique approfondie sur les tons, la phonétique et l’ordre des mots, bien au-delà de ce qu’un exercice classique permet.
  • La richesse des échanges culturels : découvrir la vie universitaire dans les deux pays, les habitudes alimentaires, les méthodes de révision, la relation professeur-étudiant a apporté des surprises et a donné une épaisseur humaine à leur apprentissage. La comparaison a fait naître à la fois des différences marquées et des similitudes inattendues.
  • Un bénéfice formatif pour les futur·e·s enseignant·e·s de chinois (ZJU) : l’échange a constitué un véritable pont entre la théorie et la pratique pédagogique. En accompagnant à distance des apprenant·e·s débutant·e·s, ils/elles ont mis en pratique un enseignement centré sur l’oral et la prononciation, et pris conscience de l’importance de la répétition, du soutien socio-émotionnel et de consignes claires, adaptées au niveau réel des apprenant·e·s — autant d’éléments clés pour leur future pratique enseignante.

Regard d'enseignante : défis et perspectives

Du point de vue pédagogique, cette expérience a été une source de réflexion intense :

Conception des tâches

La clé réside dans des instructions claires, équitables et à bénéfice mutuel pour les deux groupes. La tâche doit avoir un sens dans chaque curriculum.

Évaluation adaptée à chaque contexte

L’évaluation a été pensée différemment selon les universités et les objectifs pédagogiques de chacune. À l’UNIGE, les étudiant-es devaient rendre deux travaux : l’enregistrement audio de présentation et un mini-rapport sur l’échange culturel. À ZJU, les futur-es enseignant-es ont produit une réflexion pédagogique sur leur expérience de tutorat. À HUBU, les étudiant-es ont également remis un mini-rapport comparatif sur la vie étudiante. Cette différenciation a permis à chaque groupe de tirer le maximum de bénéfices pédagogiques de l’expérience, tout en respectant les exigences de ses cursus respectifs.

Charge de travail enseignante

La mise en place d’un tel projet demande un investissement initial significatif, mais gerable pour un-e enseignant-e expérimenté-e. J’ai consacré environ une dizaine d’heures à la conception des tâches et des fiches de travail, et à la coordination et au suivi des échanges. Il est crucial d’anticiper cette charge de travail, notamment pour la communication avec les collègues partenaires et la gestion des groupes WeChat. En contrepartie, cette formule m’a permis d’alléger le programme d’examens oraux traditionnels, l’enregistrement audio servant de pratique orale évaluée.

Logistique et collaboration

Le choix des outils (simple, accessible, asynchrones pour contourner le décalage horaire), le timing précis et l’alignement des calendriers académiques sont des défis cruciaux. Une communication fluide avec les collègues partenaires est essentielle. Trouver des partenaires partageant la même vision pédagogique est fondamental. Cette expérience pourrait ouvrir la voie à des prolongations passionnantes pour de futurs projets.

Le Virtual Exchange : une pratique en plein essor

Sur le plan historique, le Virtual Exchange trouve son origine dans l’apprentissage en tandem des langues, qui a évolué vers l’eTandem, puis vers la télécollaboration (O’Dowd, 2009 ; 2021). Initialement développé dans le domaine de l’enseignement des langues et des cultures, il est aujourd’hui utilisé dans de nombreux champs disciplinaires, comme les sciences sociales, la formation des enseignant-es ou la communication inter-culturelle (Dooly & Vinagre, 2022) . Le VE favorise le travail collaboratif, la réflexion critique et l’ouverture à des perspectives culturelles multiples.

Le domaine du VE connaît un développement significatif, notamment depuis la pandémie qui a généralisé l’usage des outils numériques. Il ne s’agit plus d’une niche, mais d’une composante reconnue de l’internationalisation des programmes d’études. Le VE est souvent présenté comme un complément à la mobilité physique, comme c’est notamment le cas dans le cadre du programme Erasmus+ Virtual Exchange, et non comme un substitut (Helm, Guth & Shuminov, 2020). Il permet ainsi d’internationaliser de manière plus inclusive les formations universitaires en offrant des expériences internationales à des étudiant-es qui ne peuvent pas nécessairement partir à l’étranger.

Les pistes de développement sont nombreuses : intégration plus systématique dans les programmes de cours ou de formation continue, reconnaissance institutionnelle du travail des enseignant-es porteurs/euses de projets et développement d’outils d’évaluation adaptés, mesurant à la fois les compétences linguistiques, interculturelles et collaboratives (O’Dowd & Dooly, 2020) .

Cette première incursion dans le cadre du Virtual Exchange avec des étudiant-es en relations internationales a insufflé une dose d’authenticité et d’ouverture à ma classe, et a rappelé à mes étudiant-es que chaque mot de chinois appris est un pont potentiel vers une rencontre humaine. Le défi logistique est réel, mais les bénéfices en matière de motivation, de profondeur des apprentissages et d’ouverture interculturelle le justifient amplement.

Cette expérience m’encourage à explorer la question suivante : et si le Virtual Exchange devenait la norme plutôt que l’exception dans l’enseignement des langues ? Au-delà de l’apprentissage linguistique, c’est une invitation à repenser notre manière d’enseigner dans un monde interconnecté, où chaque étudiant-e peut devenir, dès la salle de classe, un-e citoyen-ne du monde.

Références :

  • Dooly, M., & Vinagre, M. (2022). Research into practice: Virtual exchange in language teaching and learning. Language Teaching, 55(3), 392-406.
  • Guo, Z., & Xu, X. (2023). Understanding intercultural virtual exchange through a translanguaging lens in Chinese as a foreign language. Journal of China Computer-Assisted Language Learning, 3(1), 132-167.
  • Helm, F., Guth, S., & Shuminov, E. (2020). Erasmus+ virtual exchange. Journal of the European Higher Education Area, 37(1), 91-109.
  • Lewis, T., & Qian, K. (2021). Designing and supporting virtual exchange: The case of Chinese–English e-tandem. Modern Languages Open, 1.
  • O’Dowd, R. (2021). Virtual exchange: Moving forward into the next decade. Computer Assisted Language Learning, 34(3), 209-224.
  • O’Dowd, R. (Ed.). (2009). Online Intercultural Exchange—An Introduction for Foreign Language Teachers (Vol. 63, No. 1, pp. 81-84). Oxford University Press.
  • O’Dowd, R., & Dooly, M. (2020). Intercultural communicative competence development through telecollaboration and virtual exchange. In The Routledge handbook of language and intercultural communication (pp. 361-375). Routledge.
  • O’Dowd, R., & O’Rourke, B. (2019). New developments in virtual exchange for foreign language education. Language Learning & Technology, 23(3), 1–7.
  • Wang-Szilas, J., Berger, C., & Zhang, F. (2013). eTandem language learning integrated in the curriculum: Reflection from students’ perspectives. European Journal of Open, Distance and E-Learning.
  • Wu, S. (2023). Unpacking themes of integrating telecollaboration in language teacher education: A systematic review of 36 studies from 2009 to 2019. Computer Assisted Language Learning, 36(7), 1265-1287.


GAFAM : mais quelles sont les alternatives ?

Avant de nous lancer dans ce billet, posons quelques notions de base.

Disclaimer : ce texte repose sur des expériences personnelles. Il ne prétend pas être un billet d’experte, mais plutôt le regard d’une utilisatrice lambda des outils GAFAM,  et de leurs alternatives.

GAFAM : que se cache-t-il derrière cet acronyme quelque peu guttural ?

Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon, Microsoft.
(Récemment, NVIDIA est parfois ajouté à la liste, en raison de son rôle central dans l’essor de l’IA. C’est un fabricant de puces GPU, indispensables pour l’entraînement et l’utilisation des modèles d’intelligence artificielle.)

Les GAFAM représentent les géants de la technologie de l’information. Leur domination est telle qu’on utilise, de près ou de loin, au moins un de leurs produits dans notre quotidien.

  • Vous utilisez Excel ? → Microsoft.
  • Vous collaborez sur Google Docs ? → Google (Alphabet).
  • Votre série préférée est sur Netflix ? → Netflix repose sur AWS (Amazon Web Services) pour diffuser son contenu.

Un jour, des questions

Pendant des années, je n’ai jamais remis en question l’utilisation de ces outils, ni leur hégémonie sur mon quotidien. En effet, ils n’étaient que des outils informatiques, rien de plus. Mais le contexte politique mondial actuel a changé certaines choses. J’ai pris conscience que ces outils pouvaient collecter nos données, et que celles-ci sont utilisées, notamment, pour entraîner des algorithmes afin de nous pousser à consommer ce que l’algorithme (et les compagnies) mettent en avant.

Ne souhaitant plus que mes données soient utilisées, je me suis penchée sur les alternatives.

C’est dans ce contexte que ce billet a vu le jour : un simple désir de mettre des mots sur une prise de conscience, et surtout, de partager avec vous les alternatives que j’ai découvertes.

Microsoft : Bureautique

Les classiques : Word, Excel, Outlook, PowerPoint.

Alternative : LibreOffice
LibreOffice propose une suite bureautique complète (traitement de texte, tableur, présentation, etc.), gratuite et open source. Son développement est collaboratif : tout le monde peut y contribuer, le modifier, l’améliorer sans dépendre d’un seul éditeur.

🔗 Découvrir LibreOffice

Windows : système d’exploitation

Alternative : Linux / Ubuntu
Linux est un système d’exploitation libre et open source. Souvent, il demande des connaissances informatiques afin de pouvoir l’installer et remplacer Windows.  Ubuntu en est une distribution populaire, facile d’utilisation pour les débutants, avec un écosystème riche et une communauté active.

🔗 Découvrir Ubuntu
🔗 En savoir plus sur Linux

Facebook (Meta) : réseaux sociaux et leurs alternatives

Instagram → Pixelfed

Pixelfed est un réseau social libre, sans publicité, sans algorithme. Les publications s’affichent dans l’ordre chronologique. Un retour à l’essentiel : partager.

🔗 Découvrir Pixelfed

Facebook / Twitter/X → Mastodon

Mastodon est un réseau social décentralisé : pas de plateforme unique, mais des serveurs indépendants (ou “instances”) que vous choisissez. Pas de publicité, pas d’algorithme, pas de surveillance. Vous contrôlez votre expérience.

🔗 Découvrir Mastodon

Amazon : AWS, le cloud omniprésent

AWS (Amazon Web Services) est difficilement remplaçable si vous n’avez pas votre propre infrastructure, mais des alternatives existent, notamment en Europe.

Pour en savoir plus :
Le site European Alternatives recense des alternatives européennes à AWS, avec des critères de souveraineté, de transparence et de respect des données.

🔗 Explorer les alternatives à AWS

Bonus : alternatives aux IA majeures (ChatGPT, Gemini, Claude, DeepSeek)

En France → Mistral AI (Le Chat)

Le Chat de Mistral est un assistant IA développé en France, avec un modèle open weights (pas open source, mais librement utilisable). Il s’inscrit dans une démarche de souveraineté technologique européenne.

🔗 Tester Le Chat de Mistral

En Suisse → Apertus

Apertus est un projet d’IA open source développé en Suisse, notamment par les écoles polytechniques fédérales. Il est conçu pour être transparent, éthique et respectueux des données. Il vise à offrir une IA locale, contrôlable, et adaptée aux besoins européens.

🔗 En savoir plus sur Apertus

Toujours en Suisse → Euria (Infomaniak)

Euria est une IA développée par Infomaniak, 100 % hébergée en Suisse, alimentée par des énergies renouvelables locales, et conçue pour respecter la vie privée. Pas de stockage des données, pas de profilage.

🔗 Découvrir Euria

Conclusion : une liste en construction

Cette liste est un point de départ pour une réflexion collective.
Elle évoluera avec les avancées technologiques, les politiques internationales, et surtout, avec les retours des utilisateurs-trices.

Et vous ? Connaissez-vous d’autres alternatives ?

Partagez-les en commentaires 😊

Texte écrit par Noémie Chappuis, aidée par l’IA Euria pour la mise en forme WordPress et des références, ainsi que pour la correction de syntaxe.

Relecture humaine par Laurent Moccozet



BarCamp Ciel – IA et enseignement à l’UNIGE: partage d’expériences et bonnes pratiques

BarCamp Ciel 2025 : "IA et enseignement à l'UNIGE, partage d'expérience et bonnes pratiques"

Le groupe Ciel invite la communauté universitaire à participer à un BarCamp Ciel « IA et enseignement à l’UNIGE: partage d’expériences et bonnes pratiques ».

Venez découvrir les différentes pratiques de l’IAGen à l’UNIGE, et partager un moment de convivialité !

Programme :

  • Réapprendre à évaluer à l’heure de l’intelligence artificielle – Philippe Haeberli (conseiller pédagogique, Pôle de soutien à l’enseignement et l’apprentissage)
  • IA générative, l’essayer ce n’est pas toujours l’adopter – Raphaël Thézé, Guive Khan (adjoints scientifiques, Bureau de la transformation)
  • L’IA est-elle une source comme une autre ? Repères pour la citation des outils d’intelligence artificielle dans les travaux des étudiant-es – Laure Mellifluo (Coordinatrice Services au public et formation, Division de l’information scientifique)
  • ChatGPT, un-e vrai statisticien-ne? – Eva Cantoni (Professeure ordinaire, GSEM)

 

La formule : C’est une rencontre informelle sous forme de tables rondes participatives et d’un apéritif convivial. Le BarCamp est une non-conférence ouverte : toutes les personnes participantes sont invitées à contribuer, à apporter quelque chose au BarCamp. Il y aura 4 sessions de 20 minutes, une fois le temps écoulé vous serez invité·e à changer de table.

Qui est invité ? Le BarCamp est ouvert à tous et toutes, et plus particulièrement à la communauté universitaire de l’UNIGE.

Quand ? Le jeudi 18 décembre 2025 de 12h00 à 14h00

Où ? Hall d’Uni Mail / Agora Uni Mail

Comment participer ? Venez nous retrouver directement dans le Hall d’Uni Mail.